Scènes

David Chevallier - Standards & Avatars à L’Ermitage

Studio de l’Ermitage, Paris, 19 mars 2015


Photo @ H. Collon

Le trio de David Chevallier présente ce soir son dernier disque, publié chez Cristal Records. Un jazz à la fois classique et intranquille – c’est cette formule paradoxale que défendent avec l’assurance des plus grands le guitariste et ses deux complices : Sébastien Boisseau à la contrebasse et Christophe Lavergne à la batterie.

Comment atteindre l’équilibre ? Comment faire pour que la musique reste libre dans les contraintes qu’on lui impose ? À cette question simple, les musiciens ont de multiples réponses privilégiant parfois le dynamitage de la question elle-même ; mais les trois hommes que nous avons entendus converser ce soir-là ne mangent pas de ce pain-là.

Dans le public, deux experts en équilibre (et en avatars) : Patrice Caratini, qui dirige un faramineux Jazz Ensemble dont fait partie David Chevallier depuis 1997, et un autre compagnon de très longue date, le fildefériste Christophe Monniot (invité pour un court solo en rappel – et sans filet). Comme Caratini, Chevallier procède, pour revivifier les standards, à des décadrages savants qui sont présentés comme des compositions personnelles en réponse aux titres originaux. « The Man I Love … / Is Actually A Woman ! », « You Don’t Kow What Love Is / Oh Yes I Do ! », etc. Un « Solar » cubiste s’interroge sur son devenir fantastique : « Or Solaris ? »


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David Chevallier Photo © H. Collon

Sur « Night And Day », Sébastien Boisseau prélude en jouant des harmoniques de son instrument avec la maestria qu’on lui connaît. Les dissonances ainsi créées trouvent leur écho dans les cordes du guitariste tandis que la batterie n’a jamais aussi mal porté son nom – c’est une palette, ce sont des couleurs et des formes qui se propagent dans l’air, avec cette sonorité boisée et mate si caractéristique de la patte Christophe Lavergne. « You And The Night And The Music » est exposé par le versant le plus abrupt, et comme déposé devant nous en morceaux par une machine livrée à sa folie mécanique. Le son se durcit, la batterie se fait binaire et l’électricité sale – évoquant une nuit pleine de violences pas toujours contenues et les nerfs en pelote des captifs de la ville. Parfois la musique appelle une interprétation simple : Gershwin serait heureux d’entendre cet « I Loves You Porgy » très émouvant où Lavergne se fait à nouveau coloriste, sous-entendant le tempo. Les voix de la guitare et de la contrebasse se mêlent en un contrepoint acrobatique – leurs chemins se croisent, parviennent à se superposer un moment, puis à nouveau se séparent. Hommage est rendu au pianiste anglais John Taylor avec un « Alone Together » commençant par un ostinato de guitare durant lequel Lavergne improvise avec une grande générosité formelle. Le thème ne sera amené que plus tard, de manière perlée, après un solo de guitare où les silences importent autant que les notes. Du grand art.

Ce répertoire de standards enrichis (mais jamais indigestes) fera l’objet d’un concert « Jazz sur le Vif » le samedi 20 juin prochain à 17h30 au studio 105 de la Maison de la Radio. Amis Parisiens, avatar que jamais…