Scènes

Denis Colin et la Société des Arpenteurs au Pannonica

Au Pannonica (Nantes) avec Denis Colin et la Société des Arpenteurs, qui accueillait en invité exceptionnel Tony Malaby.


Enthousiasmé par Subject To Change, sorti à l’automne 2009, on était impatient de découvrir le clarinettiste et sa jeune troupe en concert : la qualité des compositions et l’énergie irrésistible de l’album méritaient forcément d’être appréciées sur scène. Rendez-vous donc au Pannonica avec Denis Colin entouré pour l’occasion d’un septet qui accueillait en invité exceptionnel Tony Malaby.

Pour ce nouvel ensemble à géométrie variable, Denis Colin a composé une musique à la fois urbaine et pleine de groove, ponctuée de mélodies mémorables, et puise dans la jeune génération de musiciens français [1], une inspiration aussi inépuisable qu’explosive. On est emporté d’emblée par la cohésion dansante de cette Société pas comme les autres, dont les compositions prennent leur source dans les rythmes de la ville et des ambiances de déambulations nocturnes nourries d’influences noires américaines. A tout moment le soliste est somptueusement soutenu par les six autres Arpenteurs, la liberté laissée à chaque improvisateur est totale et ça se sent : les solos s’enchaînent et les personnalités s’expriment avec un plaisir non feint.


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Denis Colin © Hélène Collon

A la base, la paire rythmique Fabrice Moreau/Stéphane Kerecki qui, solide comme un rock, véritable moteur lancé à toute vapeur, propulse le tout sans faillir. Impressionnante, tout comme par la volubilité et l’aisance de Misja Fitzgerald-Michel. Soufflant discret, Antoine Berjaut, très beau trompettiste, reste au service de la musique et multiplie les échanges avec D. Colin ; contrepoints et unissons enrichissent en permanence la musique du septet. Quant à Benjamin Moussay, Tony Malaby et Denis Colin… ils sont sur une autre planète. Les claviers sont la sève de la Société des Arpenteurs ; ils irriguent chaque morceau, chaque intervention, allant jusqu’à exploser littéralement via des bidouillages électroniques qui provoquent même un sourire chez Malaby.

Ce dernier, magistral et notoirement à l’aise dans tous les contextes, s’implique généreusement. On le sent heureux d’être là et son jeu est toujours aussi impressionnant : adhésion totale aux parties d’ensemble, solos impeccablement construits, originalité infaillible, il exploite chaque idée à fond. Pas étonnant qu’il soit sollicité par un nombre croissant de musiciens européens et américains parallèlement à ses projets personnels.

Terminons par Denis Colin, ce géant français trop discret. Brillamment entouré, il se livre tout entier, dirigeant de main de maître un ensemble complètement investi dans sa musique et livrant des solos d’une énergie et d’une inventivité exceptionnelles. Sa clarinette basse est le prolongement naturel de son imagination, et garde une sonorité riche et profonde même lorsque la débauche d’énergie est à son comble. Sa Société des Arpenteurs achève de nous conquérir avec cette prestation scénique endiablée. Ils seront au festival Jazz sous les Pommiers. Ne les manquez pas.

par Julien Gros-Burdet // Publié le 5 avril 2010

[1Au Pannonica, on retrouvait des artistes de Subject To Change - Antoine Berjaut, Benjamin Moussay, Stéphane Kerecki, Tony Malaby - au côté de nouveaux venus - Fabrice Moreau et Misja Fitzgerald-Michel.