Denis Leloup
Bach’s Groove
Denis Leloup (tb), David Venitucci (acc), François Thuillier (tu)
Label / Distribution : Klarthe Records

Habitué, presque indissociable — comme son vieux compagnon Didier Havet — des big bands à la française, on est toujours heureux d’avoir des nouvelles musicales du tromboniste Denis Leloup. Du Lumière de Laurent Cugny aux deux premiers ONJ, on a été bercé par le son si pur de ce trombone, proche du chant, pétri de culture classique, qui faisait merveille dans le Plurabelle de Caratini et Hodeir. C’est un plaisir de le retrouver sur le label Klarthe, toujours aux franges de la musique classique, pour un exercice qui pourrait avoir tout de l’épreuve imposée de slalom spécial, mais sait intelligemment sortir des sentiers battus en BWV tout terrain : travailler autour de la musique de Bach. Pour ce Bach’s Groove, Leloup sait compter sur un trio de fidèles artisans, l’accordéoniste David Venitucci et son complice de toujours, le tubiste François Thuiller.
Dès « Avant la suite », hors-d’œuvre très court qui présente le programme, Leloup donne le ton. Ce sera du Bach sans Bach, ou dans les traces étendues d’un Bach arrangé, jouant des harmonies avec l’accordéon de Venitucci, plus que jamais proche de la voix, pendant que Thuillier joue les basses continues en soutien d’un trombone simple et lumineux. On retrouvera cette alchimie jusqu’au « choral du veilleur » où le trio joue avec rondeur et fluidité, accordéon et tuba encadrant un trombone épris de liberté. Le jeu de Leloup, ainsi que son travail d’arrangement, sont la clé d’une évocation de Bach sans posture ; « Sicilienne » [1] est à cette image, avec des couleurs apportées par l’orchestre qui donnent à cette musique des accents des Balkans dans l’accordéon de Venitucci.
Car il s’agit bien du propos de Leloup. Non pas de faire l’énième relecture du patrimoine du Cantor à la sauce jazz, mais d’interroger cette musique en la faisant infuser ailleurs. C’est la direction voulue par le tromboniste avec « Danses », tirée des Suites Françaises (singulièrement des mouvements de la 6 et de la 2) qui constitue le centre de cet album. La « Bourrée » de la suite 6, notamment, est un délice qui fait apprécier le pas de deux de Thuiller et Leloup. La fluidité et la justesse de coulisse de ce dernier est la marque de fabrique d’un album intelligent et chaleureux.
Notes
[1] BWV 1031, deuxième mouvement de la sonate pour flûte et clavecin.


