Scènes

Diana Krall en concert

Diana Krall renouvelle sa collection. Elvis Costello, Tom Waits, Joni Mitchell ou Chris Smither lui vont à ravir.


Diana Krall est allée à la recherche des œufs de Pâques. Elle en est revenue avec un plein panier de nouvelles chansons qu’elle a présentées lundi 12 avril à la Maison de la Radio.

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Diana Krall © Jos L. Knaepen

Diana Krall est une chanteuse et pianiste canadienne reconnue pour ses interprétations de standards jazz. Elle s’éloigne de cette réputation pour un album composé de titres issus d’univers différents. C’est cet album qu’elle présentait « en Exclusivité France Inter » le lundi de Pâques au Studio 104.

Pour ceux qui ne connaissent pas la Maison de Radio-France, le Studio 104 est une vraie salle (contrairement au 106) ; donc, quand on y donne un concert promotionnel, c’est le roitelet local qui se charge de l’introduction. Il réussit, dans sa minute d’autosatisfaction, à se viander sur le titre de l’album, mais c’était important qu’on l’entende, lui. On en viendrait presque à regretter André Francis.

Quand Diana Krall arrive avec ses musiciens Anthony Wilson à la guitare, Christian McBride à la basse et Peter Erskine à la batterie, l’ovation indique que la salle est déjà conquise. « All right », dit la dame, qui enchaîne sur un instrumental perso, histoire de chauffer le moteur. Et le compte-tours s’affole immédiatement car quand vous avez Erskine aux réglages, le boulot ne traîne pas.

Sur cette entame joyeuse, on attaque les chansons avec « Stop This World » de Mose Allison. Les influences rock sont immédiatement à l’œuvre, mais en l’occurrence, l’intro au piano fait plus penser à Wilko Johnson sur « Riot In Cell Block n°9 » qu’aux Attractions de Declan McManus. La diction est parfaite, avec juste ce qu’il faut de petits effets graillonnants. Elle enchaîne avec deux titres de monsieur Krall, dont « Almost Blue ». On est partagé entre deux constats : les chansons de Costello soutiennent formidablement bien la comparaison avec les standards que la dame sublime habituellement, mais en même temps, tout cela est un peu trop joli et serein. Il manque le côté grinçant et sarcastique de l’Elvis.

Le niveau s’élève avec une très belle partie de piano, avant « Temptation » de Tom Waits. Là, on rentre dans le casse-gueule car ce titre, extrait de Frank’s Wild Years (1987), résume l’univers de Waits. Mais Diana Krall s’en sort haut la main, grâce à Erskine qui, à lui seul, mijote un fond de sauce Waits, pendant que la dame s’approprie totalement le texte (superbe) et la mélodie. Seul (léger) bémol, Anthony Wilson n’est pas Marc Ribot, ce qui n’est pas une découverte.

On enchaîne sur le morceau le moins intéressant du concert (celui qu’on entend tout le temps dans le programme musical de Radio France) ou comment reprendre le dessus (commercialement) sur Norah Jones. Cela se matérialise par une très jolie (et très inintéressante) ballade, mais vu l’enthousiasme du public, on peut penser que le but est atteint.

Le concert se poursuit avec un morceau de Joni Mitchell, « Black Crow », sur lequel Christian McBride, contraint de succéder à deux hauts dignitaires du parti Basse (Jaco Mingus et Charlie Pastorius, rien que ça) s’en sort avec la mention « Très Honorable. » Puis Irving Berlin (« Let’s Face The Music And Dance »), extrait de Follow The Fleet, le titre le plus proche des concerts habituels de dame Krall), et un dernier Costello pour la route.

Le meilleur est pour la fin : « Love Me Like A Man » de Chris Smither (et non pas de Bonnie Raitt, comme certains l’imaginent). Le quartet est parfaitement en place, le jeu de piano réellement habité, Erskine royal et la fin du morceau très originale. Chris Smither n’était pas revenu à Paris depuis 2002, mais quand on pense que lors de ses trois derniers concerts parisiens, il remplissait à peine l’Hôtel du Nord (une centaine de places), il est bien qu’une artiste reconnue comme Diana Krall fasse partager de tels coups de cœur.

L’affaire s’arrête là (un peu vite, au bout de 80 minutes). Il n’y aura en rappel qu’une jolie ballade triste composée avec… Costello. Le concert était court, mais suffisant pour constater que le renouvellement des sources sied très bien à Diana Krall, tant pour le chant que pour son jeu de pianiste.

par Thierry Rousselin // Publié le 3 mai 2004
P.-S. :

Nouvel album : The Girl In The Other Room (Verve/Universal Jazz)
CD 2 Titres : Temptation (Verve US sur internet)