Scènes

Diego Imbert Quartet au Manu Jazz Club

28 mai 2015. Le quartet de Diego Imbert


Photo © Jacky Joannès

Fin de la deuxième saison pour le Manu Jazz Club. Une année qui se termine « en couleurs » avec le quartet du contrebassiste Diego Imbert, quelques semaines seulement après la sortie de son troisième album en quartet. Une belle conclusion.

Jeudi 28 mai 2015. Claude-Jean Antoine, alias Tito, président de Nancy Jazz Pulsations, l’annonçait récemment : il y aura bien une troisième saison du Manu Jazz Club. Une bonne nouvelle pour Nancy et pour ce rendez-vous mensuel instauré depuis l’automne 2013, qui commence à s’inscrire dans le paysage culturel de la ville et ses environs. Le programme de l’année prochaine n’est pas encore établi, il faudra y revenir en temps voulu.

En attendant, le septième concert de l’année 2014-2015 mettait à l’honneur le contrebassiste Diego Imbert, venu présenter le répertoire de Colors, troisième disque de son quartet, après À l’ombre du saule pleureur (2009) et Next Move (2011). Un rendez-vous attendu, devant un public venu nombreux puisque la grande salle du Théâtre de la Manufacture était quasi pleine. De quoi satisfaire les quatre musiciens au moment de leur entrée en scène, ce qu’ils n’ont pas manqué de souligner d’emblée. Et puisqu’on parle de couleurs, il faut noter que la formation de ce soir-là présentait une petite nuance par rapport à sa composition habituelle : si les fidèles Franck Agulhon (batterie) et David El-Malek (saxophone ténor) ont bien répondu présents à l’appel, Alex Tassel, indisponible, était remplacé par Quentin Ghomari (trompette et bugle), connu notamment pour sa présence au sein de Ping Machine, des Vibrants Défricheurs ou de Papanosh.


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Diego Imbert © Jacky Joannès

Couleurs… Colors… Le quatuor a puisé une bonne partie de son répertoire dans celui de l’album, dont on ne soulignera jamais assez la fraîcheur et le caractère intemporel - une plongée dans la fertilité des années 60 que surligne une pochette faisant écho à Unity, un disque de l’organiste Larry Young (Blue Note, 1966) : « Blugaloo », « Bleu Azurin », « Valse Payne », « Nankin » et « Outremer » pour la première partie du concert, puis « Aquarelle », « Red Alert » et « Purple » pour la seconde, avant de revenir en deux temps sur les disques précédents avec « Carthagène » et « Next Move ». Le public, jamais rassasié, a obtenu un rappel et c’est « Electric City » qui lui sera offert.

Une belle leçon de musique, servie par des musiciens qui jamais ne perdent de vue l’idée du chant profond de leur instrument. À l’arrière de la scène, Diego Imbert et Franck Agulhon se connaissent comme les doigts de la main ; ils échangent œillades et sourires et se renvoient la balle : du groove, du groove, du groove et rien d’autre. La force rythmique et mélodique qui les habite fait plaisir à voir et à écouter, et c’est une rampe de lancement sans pareille pour les deux soufflants qui ne vont manquer de prendre la parole. David El-Malek multiplie les interventions durant lesquelles il peut laisser libre cours à son inspiration très méditative, comme s’il racontait à chaque fois sa propre aventure intérieure, dans un flux continu. Un langage de l’ascèse, comme une quête ou une prière, sans la moindre boursouflure, qu’on suit en retenant son souffle. La tâche de Quentin Ghomari n’est pas aisée, car il doit exister aux côtés d’un comparse aussi magnétique : petit à petit, il parvient à libérer son propre langage et ne se prive pas de croiser le fer dès que l’occasion lui est donnée.

Tout cela jubile, bouillonne ; c’est une émulsion musicale revigorante qui se répand dans toutes les rangées de la salle. Un jazz que d’aucuns qualifieront de « classique », terme peut-être inapproprié. Certes, il y frémit – et c’est tant mieux – l’influence de quelques grands : on pense à Ron Carter ou Dave Holland, forcément, parce qu’ils sont parmi les maîtres de Diego Imbert, mais aussi à Wayne Shorter ou même à feu Ornette Coleman pour sa liberté décomplexée ; c’est avant tout d’un jazz sans âge qu’il faut parler. Vivant hier, aujourd’hui et, on l’espère, demain.