Chronique

Dieter Glawischnig

Winged by Distance

Dieter Glawischnig (p), Manfred Schoof (tp), Hans Glaswischnig (b)

Label / Distribution : Intuition/DistArt

Pianiste et tromboniste de la même génération que Conny Bauer ou Ulrich Gumpert, avec lesquels il partage régulièrement l’affiche, l’Autrichien Dieter Glawischnig a fait l’essentiel de sa carrière en Allemagne, avant tout comme chef d’orchestre du célèbre NDR Big Band. C’est avec ce dernier qu’il a enregistré des titres prestigieux, notamment avec Albert Mangelsdorff (Music For Jazz Orchestra). On lui doit également de nombreux disques avec le trio Neighbours, dont la collaboration avec Anthony Braxton (With Anthony Braxton) reste le jalon le plus important. Bien qu’il soit méconnu de ce côté du Rhin, la collection European Jazz Legend, qui a déjà rendu hommage à un autre vétéran de la scène européenne, Jasper Van’t Hof, lui consacre un volume de sa collection avec ce Winged By Distance.

Les conditions d’enregistrement sont les mêmes que pour son prédécesseur néerlandais. Capté par la radio WDR3 à Gütersloh, le concert est livré brut, mais bénéficie d’un son chaleureux. Pour accompagner le pianiste dont le jeu est indéniablement marqué par sa culture classique (« Panorama  »), on retrouve le trompettiste Manfred Schoof, aperçu aux côtés d’Alexander Von Schlippenbach, et le propre fils du leader, Hans Glaswischnig, lui-même sideman régulier de David Sanchez ou Miguel Zenón. La relation père-fils est au centre de cet album ; l’archet tutoie les profondeurs des graves, mis en relief par la percussivité du piano, parcimonieux mais omniprésent. Il y a une vraie complicité entre la basse et la batterie, souvent dense, toujours douce, à l’image du central « Pattern  », un morceau que le pianiste avait déjà joué sur Birthday, qui célébrait son soixante-quinzième anniversaire.

Le rôle de Schoof est alors de s’insinuer dans cette intimité, soit pour la faire briller, soit pour l’éroder avec beaucoup de prévenance. Les plages sont courtes, même si tout est conçu d’un seul tenant, comme une lente progression ou une discussion ininterrompue, mais les climats se révèlent changeants, parfois lyriques (« Solidaritätslied Nr.2  »), parfois abstraits (« Orbitando  »). Sans révolutionner quoi que ce soit, Winged by Distance rend hommage a un compositeur inspiré qui mérite qu’on s’y penche. C’est la motivation première, et fort louable, de European Jazz Legend.