Scènes

Dinant Jazz Nights. Entre dix et onze

En 2007, le festival Dinant Jazz Nights fêtait son dixième anniversaire.
Avant d’ouvrir la onzième édition, Jean-Claude Laloux évoque la genèse et quelques souvenirs de cette belle et difficile aventure.


L’année dernière, le Dinant Jazz Nights soufflait ses dix bougies lors de deux week-end consécutifs, dans deux lieux différents : à Ciney, où il a vu le jour en 1998, et à Dinant où il sévit actuellement. Ce petit festival, qui s’enorgueillit quand même d’avoir accueilli de grands noms du jazz (Paolo Fresu, Toots Thielemans, Gonzalo Rubalcaba, Jan Garbarek, Mark Murphy, Rosario Giuliani, Lee Konitz et tant d’autres encore), est aussi le premier (et le seul) à avoir consacré une édition complète au célèbre label de Manfred Eicher : ECM. 


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J.C. Laloux & les frères Belmondo © Jos Knaepen/Vues Sur Scènes

Cette belle réussite est due, sans nul doute, et en grande partie, au travail acharné et passionné de son directeur : Jean-Claude Laloux.

L’aventure commence sur un coup de tête : « Mon amie m’avait rapporté d’un voyage à Budapest un CD d’un groupe que je ne connaissais pas : le Trio Midnight. Elle est rentrée à 11h30, et à midi, j’ai décidé de créer un festival et d’inviter ces musiciens-là ! Elle m’a pris pour un fou. J’ai demandé à Michel Herr et Steve Houben, avec qui j’étais déjà ami, de m’aider à mettre tout ça sur pied. »

La première édition, qui accueille Riccardo Del Fra, Wolfgang Engstfeld, Marito Correa ou encore Michel Herr bien sûr, ne rassemble qu’une petite centaine de personnes. Malgré cela, Jean-Claude Laloux réitère l’expérience l’année suivante et propose alors de faire parrainer le festival par un musicien. Se succèderont ainsi à la barre Paolo Fresu, Steve Houben, Philip Catherine, Stéphane Belmondo, David Linx, Manfred Eicher et, pour l’édition 2008, Eric Legnini.


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David Linx & Laika Fatien © Jos Knaepen/Vues Sur Scènes

Peu de stratégie marketing complexe à long terme, mais plutôt une bonne dose de courage et une gestion basée sur le relationnel et la confiance. Une méthode sans doute plus longue à mettre en place, mais qui s’avère de plus en plus solide au fil des ans. Pas question, cependant, de brûler les étapes car Jean-Claude tient à garder le caractère convivial et sympathique de son festival. À Dinant, tout se fait presque en famille. « On me reproche parfois d’inviter les mêmes musiciens, mais ils viennent chaque fois dans des formules différentes. Cette année, Rhoda Scott revient pour jouer en duo avec Eric Legnini, ce qu’ils n’ont jamais fait, par exemple. Et puis, si les musiciens reviennent, c’est parce qu’ils sont bien accueillis, je suppose. Paolo Fresu est devenu un ami, les frères Belmondo, n’en parlons pas… Rhoda et David Linx me téléphonaient encore dernièrement d’un festival en France et David passera peut-être cette année. Même Manfred Eicher me téléphone régulièrement pour prendre de mes nouvelles… »

Depuis quelques années, le festival, qui se déroulait jusqu’à présent fin septembre, tente une journée supplémentaire en juillet dans le parc de l’Abbaye de Leffe. Toots, Rhoda Scott, David Linx et d’autres répondent présents. Le public aussi. Alors, l’idée fait son chemin : pourquoi ne pas organiser le festival en été ?< « C’est est assez difficile d’amener du monde à Dinant hors saison. Et puis, les moyens de communication n’étant pas optimaux, après une certaine heure, cela oblige le public à rester sur place ou à venir en voiture. Pendant l’été, c’est un peu plus facile, les gens sont plus cool, ils sont en vacances et la vallée de la Meuse est magnifique… »


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Marcin Wasilewski & Manu Katché © Jos Knaepen/Vues Sur Scènes

C’est décidé, en 2008, le festival aura lieu les 18, 19 et 20 juillet. Exit l’édition de septembre. À l’affiche, entre autres, San Severino, Rhoda Scott, Greg Houben et Julie Mossay, Milton Nascimento et les frères Belmondo, Toots Thilemans et bien sûr le Big Boogaloo d’Eric Legnini.

Une idée ne venant jamais seule, le festival fera aussi une place aux jeunes talents lors d’un concours semblable à celui du Gent Jazz Festival. " J’avais sympathisé avec Bertrand Flamang et on avait envie de faire quelque chose en commun. Comme il m’avait invité à participer au jury des jeunes talents du Blue Note Festival (rebaptisé « Gent Jazz »), je lui ai proposé d’inviter le gagnant du concours à Dinant. L’idée est venue alors d’amorcer un échange régulier de jeunes musiciens entre les deux festivals. Histoire de faire connaître les jeunes talents de nos deux communautés — flamande et francophone. C’est la première fois que cela se passe dans le pays. »

Bel exemple pour prendre le contre-pied des trop nombreuses gesticulations et querelles communautaires, souvent absurdes, du plat pays. Fort de cet nouvelle collaboration, les deux festivals se partagent également, depuis l’année dernière, la remise de prix des Django d’Or. " On voulait relancer un peu les Django D’or. La cérémonie se fait maintenant alternativement au Gent Jazz Festival et au Dinant Jazz Nights. En plus, nous dotons le prix de 10 000 euros de récompense, de quoi donner un éclat supplémentaire à cette manifestation. »


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Etienne Mbappe © Jos Knaepen/Vues Sur Scènes

Les collaborations ne devraient pas s’arrêter là, car Laloux compte bien concrétiser des échanges avec d’autres festivals hors de Belgique. De quoi se préparer encore quelques beaux moments et remplir un peu plus la malle aux souvenirs…

Les yeux de l’organisateur brillent quand il se remémore le festival 2002 en hommage à Chet Baker. « On avait organisé ça avec Steve Houben et Micheline Pelzer. Il y avait une exposition de photos inédites ou très rares. Nous avions essayé de retrouver un maximum de musiciens qui avaient joué avec Chet : Riccardo Del Fra, Philip Catherine, Jean-Louis Rassinfosse, Michel Graillier aussi, dont ce fut le dernier concert. On sentait vraiment qu’il voulait rendre cet hommage à Chet. C’était sublime. Et les salles étaient combles chaque soir. »

Avec un minimum de subsides (presque rien en fait) et quelques sponsors fidèles, Jean Claude Laloux et sa dynamique équipe de bénévoles réussissent l’exploit, chaque année, de boucler la programmation. « Tous les ans, on repart de zéro ! » D’ailleurs, après chaque Festival, Jean-Claude, épuisé, affirme que c’est le dernier. « Mes amis m’appellent Jean-Claude Jarrête… ». Car, malgré la joie que suscite une édition réussie, il ressent comme un léger baby blues. On le comprend. Mais le temps de souffler un peu, de reprendre ses esprits, le voilà vite relancé pour l’édition suivante.
Ça fait dix ans que ça dure.
Onze maintenant.
Et Jean-Claude Laloux a encore bien d’autres projets dans la tête.
Ça promet.