Portrait

Dmitry Baevsky - Portrait de l’altiste…

Dmitry Baevsky au Duc des Lombards (Paris), 27 octobre 2008.


Dmitry Baevsky - Portrait de l’altiste en jeune homme

Sur son site, on lui donnerait vingt ans sans confession. Pourtant Dmitry Baevsky, parti très jeune de Saint Pétersbourg, écume depuis dix ans la scène jazz new-yorkaise et a enregistré avec rien moins que Cedar Walton et Jimmy Cobb.

Dmitry Baevsky a bien du mal à se défaire de sa réputation de jeune prodige. Quand Jean-Michel Proust nous le présente comme un quasi-gamin, il doit insister pour rétablir son âge : trente-deux ans. Il faut dire que ses photos de presse lui donnent un air juvénile qui peut tromper.

En costume, l’air résolu, solidement planté à l’avant-scène devant le confortable trio d’Alain Jean-Marie, l’altiste russe donne l’impression de savoir parfaitement ce qu’il veut. Le son frappe d’emblée : très rond, volumineux, avec une profusion d’harmoniques medium et basses et une stabilité dans l’émission qui révèlent un souffleur très entraîné… et des anches dures, très dures. Au point de le handicaper dans les ballades (« Get Out Of Town », « Daydream »), où les pianissimo ont une fâcheuse tendance à se détimbrer. Mais c’est une autre histoire.


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Dmitry Baevsky (X/DR)

La vélocité, ensuite. Dmitry Baevsky a étudié les maîtres et cela s’entend. Il connaît à fond ses références, du middle-jazz au post-bop… et guère au-delà (cela ne l’intéresse manifestement pas). Son truc à lui, ce sont les alternances thème-chorus- 4-4-chorus-thème. Ses soli ? A l’image du son : costauds, ostensiblement virils, regorgeant d’arpèges, usant même d’un vibrato qui ne se fait plus guère en jazz. On pense beaucoup à Phil Woods au même âge, avant l’emphysème. A Sonny Stitt, parfois. Grammaire du be-bop, correspondances accords/gammes. L’inventivité rythmique passe tout de même un peu au second plan derrière les triples croches. Le son lui-même, parfois, s’efface devant la rapidité, mais l’articulation et le phrasé sont sans faille.

Le répertoire ? Billy Strayhorn à tous les étages. De la valeur sûre, du placement de père de famille. Un peu de Bud Powell (« In the Mood for A Classic »), un standard (« Nobody Else But Me »). Jazz de répertoire, donc. Le trio qui l’accompagne (Alain Jean-Marie, Gilles Naturel et Philippe Soirat) ne lui cherche pas noise, ne lui conteste aucune mesure, ne lui lance pas de défi mais se contente de lui dérouler le tapis rouge. Moëlleux à souhait. Dommage : on aurait bien aimé voir l’altiste se faire pousser dans ses retranchements selon la bonne vieille tradition bop. Peut-être alors aurait-on pu le voir flamboyer au lieu de nous livrer simplement un « solo accompagné » très athlétique.

par Diane Gastellu // Publié le 29 novembre 2009
P.-S. :

P.S. : Dmitry Baevsky sera à nouveau en France fin mars-début avril, avec le guitariste Joe Cohn (fils d’Al Cohn et de la chanteuse Marylin Moore.)