Chronique

Easy Pieces

Notice

Benjamin Sauzereau (g), Hendrik Lasure (keyb), Dorian Dumont (p)

Label / Distribution : BMC Records

Comme sur leur précédent album intitulé 16, le trio Easy Pieces propose des morceaux courts entremêlés de plusieurs inspirations. Le risque est grand : un piano, des claviers et une guitare, tout cela devrait conduire logiquement à une profusion harmonique, mais ce serait compter sans l’élaboration musicale qu’ont emmagasinée ces trois musiciens.

Le guitariste bruxellois Benjamin Sauzereau passe aisément de la pop expérimentale de Wolke au groupe antillais Le Bal de Marie Galante. Ce pluralisme musical se ressent dans ses interventions toujours abouties et empreintes de profondeur poétique. Après avoir redonné un second souffle à la chanson néerlandophone, Hendrik Lasure est connu pour son engagement dans le duo électronique Schntzl. Ces deux artistes privilégient les chemins de traverse et leur association avec Dorian Dumont, pianiste classique qui explore désormais l’improvisation libre, ne surprend pas.

Les compositions invitent à percer le voile des apparences. « I Would Prefer Not To » et ses arpèges de guitare tout en délicatesse se faufile dans les ponctuations sobres du piano ; la partition est lumineuse. « Ceux qui ne peuvent guérir » évoque mes ambiances acoustiques prodiguées par Tony Banks et Steve Hackett dans le Genesis des vieilles cuvées. Élégants, « Sans doute » et « Syzigie » lorgnent vers une atmosphère néo-classique qui contraste fortement avec les sombres questionnements développés dans « Libration ». Complémentaires du trio, Anna Natter, créatrice de la splendide œuvre picturale qui orne la pochette du disque, et Viktor Szabó qui a admirablement supervisé, enregistré, mixé et masterisé ces quatorze pièces musicales méritent des éloges.

Les phrasés instrumentaux déliés évoquent dans leur pluralité une relation étroite entre la musique et le cinéma, comme en témoigne la beauté raffinée de « Budapest ». Mais c’est avant tout la notion d’art total qui se développe ici. À l’image de la Terre vue de l’espace, cet album s’engage dans une dimension insoupçonnée, le trio Easy Pieces y évolue superbement.