Scènes

Échos de Jazz à l’Ouest 2015 - 1

Compte rendu du festival rennais


Hugh Coltman 5tet © Jean-François Picaut

Le festival Jazz à l’Ouest à Rennes (Ille-et-Vilaine) fête sa vingt-sixième édition. Elle est placée sous le signe de l’Asie mineure. Du 3 au 14 novembre, ce sont plus de trente concerts dans 17 lieux qui ont été proposés aux festivaliers.

Mardi 3 novembre 2015
Out Of Nola : Entrez dans la danse
Out of Nola (entendez « Out of New-York Los Angeles ») est un groupe de funk New-Orleans fondé et dirigé par le saxophoniste Jordan Philippe, dont vient de sortir l’excellent Music Makes The World Go Round (Musicast, octobre 2015) avec un autre de ses groupes, La Machine Ronde.

Le programme de ce soir fait une large place à un répertoire issu de Placomusophobia (Coop Breizh, 2014) - la placomusophobie est la peur des bouchons de champagne ! - tout en puisant dans un album à sortir en mars prochain. Le concert est placé sous le signe de l’énergie et de la fête, dans l’esprit du « Hurricane Season » de Trombone Shorty que le groupe interprète en milieu de programme.


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Jordan Philippe © Jean-François Picaut

Néanmoins, festif ne veut pas dire négligé ! C’est à une musique très composée que nous avons affaire, tout particulièrement pour les titres signés par Jordan Philippe, soit la plus grande partie. Au saxophone ténor, il se distingue dans un passage mélodique de « Placomusophobia ». Il brille par ses graves et signe un grand numéro dans « Pink Pills For Pale People ».

Ce soir, Jean-Michel Pinot (saxophone alto) est le Monsieur Loyal, et assure aussi le chant. On remarque son grand solo endiablé dans « Placomusophobia ». Au sousaphone, Matthieu Letournel est l’auteur d’un époustouflant solo dans « Shut Up Juice ».

Le concert s’achève dans la salle, où tous les musiciens - y compris les percussionnistes - sont descendus, pour « Friendly Fire » d’Éric Truffaz. Puis le groupe entraîne le public enthousiaste vers la sortie au rythme de « Never Can Say Goodbye » (Clifton Davis), la chanson rendue célèbre par les Jackson Five.

Mercredi 4 novembre 2015
Hugh Coltman : Shadows, Songs of Nat King Cole
Le programme de ce soir est largement emprunté au dernier album de Hugh Coltman, Shadows (Sony music, 2015). C’est un disque hommage à Nat King Cole, mais aussi à la mère de Coltman, qui lui a donné le goût pour la musique et qui l’a initié à l’univers du fameux crooner-pianiste noir américain. On y retrouve la patte d’Éric Legnini, directeur artistique du projet.

A l’image de « Are You Disenchanted », qui ouvre le disque et le concert, ou de « Unforgettable » que l’album ne reprend pas, le spectacle comprend de nombreuses ballades. Coltman révèle un vrai talent de crooner avec des graves profonds et des aigus plaisants. Ce sont ces qualités qu’on retrouve aussi dans « Morning Stars », en hommage à sa mère et muse, trop tôt disparue. Il fait merveille dans « Pretend », ce slow langoureux, orné ici d’arrangements qui font penser à la guitare hawaïenne Thomas Naim ! « Smile » et « Mona Lisa » permettent à Raphael Chassin (batterie) de montrer tout son savoir faire en matière de délicatesse aux balais ou dans une association mailloche / baguette. Coltman salue son travail polyrythmique sur le célèbre « Nature Boy ».


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Hugh Coltman © Jean-François Picaut

L’autre facette du talent de Hugh Coltman, c’est le blues et il joue aussi de l’harmonica dans cette version très « Mississipi » de « I Can’t Be Bothered », l’occasion d’un beau passage en slap pour Christophe Mink à la contrebasse. Il lui arrive aussi de frôler le rock. Paul Lay (piano) se fait particulièrement applaudir dans des titres aux rythmes très soutenus, où son jeu flirte avec le stride.

Le public a réservé un vrai triomphe à un artiste attachant, proche de son public et à la palette déjà bien riche.