Scènes

Échos du festival Jazz à L’Étage 2016 (2)

Compte rendu du festival brétillien à Rennes et Saint-Malo


Véronique Hermann Sambin © Jean-François Picaut

En cette fin de semaine, Jazz à L’Étage s’est transporté à Saint-Malo pour une soirée dédiée aux Antilles. Un programme à délier les cœurs et les jambes.

Vendredi 18 mars 2016 : Cap sur les Antilles
Cap sur les Antilles, tel est le titre de la soirée qui réunit à Saint-Malo le duo Grégory Privat - Sonny Troupé et le quintette de Véronique Hermann Sambin, affiche somptueuse s’il en est. Le programme est d’autant plus alléchant que les artistes ne sont pas en co-plateau mais se succèdent ou se retrouvent dans des formations différentes au gré de leur inspiration.

Le cadre du Dock, ce bar-restaurant branché de Saint-Malo installé dans un ancien entrepôt, est aussi une promesse. Il s’avérera, hélas, que son architecture - deux grandes salles superposées entourant un escalier monumental - est parfaitement inadaptée au projet si la salle du bas continue à fonctionner de façon autonome et que les clients et la direction n’y mettent pas du leur. La proposition gastronomique se révélera également fallacieuse.


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Grégory Privat © Jean-François Picaut

Concentrons-nous donc sur la musique et rendons grâce aux artistes d’avoir su nous charmer dans un tel contexte au prix d’une véritable abnégation de leur part et d’un réel effort de concentration du public.

Sonny Troupé et Grégory Privat ouvrent les festivités avec trois titres extraits de leur dernier album, Luminescence (Jazz Family, 2014) un titre qui leur va comme un gant. « Luminescence », « On ka avè piano » et « Passage » sont trois pièces rayonnantes, pleines de cette science du rythme qui caractérise les deux hommes. Dans le bruit du lieu, on est encore plus sensible à la magie de leur écoute réciproque.

« Bèl Pwomès », un texte de Véronique Hermann Sambin sur une adaptation du « Sidewinder » de Lee Morgan, ouvre le set du quintette. C’est un titre-programme que la suite ne démentira pas ! Comme la plus grande partie de ce que nous entendrons de ce groupe, il est tiré de Basalte (Jazz Family, 2015). Écouter cet album, c’est ne plus pouvoir l’oublier tant il est attachant, prenant même. La voix de Véronique Hermann Sambin est puissante, d’une belle étendue, capable de toutes les nuances, sensuelle. Elle est auteure, compositrice, interprète aussi bien en français, en anglais qu’en créole, la langue dominante de l’album. Rien de ce qui a trait au rythme ne lui est étranger. Et sur une scène, la voir bouger est un rêve.


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Véronique Hermann Sambin © Jean-François Picaut

Le quartette qui l’entoure est à la hauteur de toutes ces qualités. L’accord sensuel entre le saxophone baryton de Xavier Richardeau et la voix de la chanteuse dans « Jwé » est à donner des frissons. Comment ne pas fondre à la douceur torride de « Si pati » où tout le groupe balance merveilleusement. On est pris par l’introduction chaloupée de Damien Varaillon (contrebasse), séduit par l’accompagnement aux balais de Romain Sarron (batterie), conquis par les délicates arabesques du piano de Fred Nardin et une nouvelle fois subjugué par l’accord saxophone - voix et les deux solos ravageurs de Xavier Richardeau. Mais il faudrait citer tout l’album dont « tout est bon… il n’y a rien à jeter », pour citer Brassens.

Du second set Privat - Troupé, je voudrais retenir la douceur ineffable de « Ki tan », une élégie triste où les deux musiciens sont totalement à l’unisson. En trio avec Véronique Hermann Sambin, l’atmosphère change avec une danse superbe où l’inventivité de Sonny Troupé et la richesse du jeu de Grégory Privat semblent porter la chanteuse.


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Sonny Troupé © Jean-François Picaut

Véronique Hermann Sambin revient avec son quintette et j’apprécie alors tout particulièrement les couleurs et les qualités rythmiques de Fred Nardin dans un standard de la chanteuse Sweet Georgia Brown. Xavier Richardeau y signe aussi un long et superbe solo de saxophone soprano. Les deux amis accompagnent seuls Véronique pour « Toutouni », un titre qui permet de faire chanter le public et de le remercier.

L’atmosphère n’était malheureusement pas propice ce soir à l’interprétation de « Ròz Jériko », le titre éponyme du précédent album de Véronique Hermann Sambin, une chanson poétique bouleversante inspirée par le dernier tremblement de terre d’Haïti.

On retrouve tous les musiciens de la soirée pour « Mèsi », un titre également tiré de Ròz Jériko, qui sert d’adieu et de remerciement. C’est à nous d’exprimer notre gratitude à tous les artistes qui, en dépit des conditions difficiles, ont su donner le meilleur d’eux-mêmes.