Chronique

Ehbam

Ondes Tissées

Lisa Murcia (vln), Monika Kabasele (voc), Lena Aubert (b), Elias Arapoglou (d)

Label / Distribution : Auto Productions

Court disque de présentation d’un jeune quartet emmené notamment par la violoniste Lisa Murcia, qui fut finaliste de la dernière fournée de Jazz Migration avec son Nana Project, EhBam est l’occasion de découvrir une belle brochette de la jeune génération du jazz et des musiques non alignées. Avec la chanteuse Monika Kabasele, EhBam entre nécessairement dans une esthétique balkanique ; son album grécofuturisme en 2023 montrait déjà une voie teintée par la Grèce, où elle a grandi et fait ses études. C’est une direction qu’elle prend avec beaucoup de retenue, comme une teinte joliment nébuleuse, qui fera certainement merveille dans un disque à venir où Ellinoa sera sa directrice artistique. Avec une voix pensée comme un instrument, même dans cette interprétation du traditionnel « Apano stin triandafyllia », c’est aussi l’imaginaire qui est convoqué, notamment dans le très beau dialogue qu’elle entretient avec la contrebassiste Lena Aubert, remarquable et profonde tout au long de l’album.

Le rôle d’Elias Arapoglou, lui aussi, a une importance réelle dans cet équilibre qui place Ehbam entre lyrisme et racine, sans qu’on puisse parler de folklore imaginaire. Avec le batteur et percussionniste, on tient une ligne où les Balkans restent un horizon ; une ligne bleue lointaine mais omniprésente. Le quartet, comme le définit le doux et parfois complexe « Me gelasan ta poulia » est un espace privatif, une douce bulle où l’on est invité à rêver. La relation Aubert et Arapoglou est forte et profonde, elle fait le contrepoids à la grande légèreté de l’alliance entre Kabasele et Murcia.

Lisa Murcia est le feu follet de cet album, offrant beaucoup de couleur dans un jeu lumineux. Régulièrement, le violon danse, à l’instar de « Nana » qui fait écho à son propre orchestre. On peut également apprécié son talent de composition sur « ouverture », signe que cette musicienne aura maintes choses à dire dans les années à venir. Léger et sans manières, proche d’images de bal qui peuvent éclater ici où là, Ehbam s’envole pour flotter sans retomber, faisant quand même mentir son nom.