Chronique

Elise Caron & Las Malenas

Orchestrales

Label / Distribution : Le Triton

C’est un fait établi, tout le monde aime Elise Caron, même ceux qui ne la connaissent pas encore. C’est une affaire de temps, et celui-ci est définitivement venu. Au fond de leurs conscience, il savent secrètement qu’ils ont ce qu’il faut pour devenir des êtres réjouissants et doux, doués pour l’amadou et vite amadoués... Même si l’on est légitimement en droit de s’interroger sur l’identité de ces gens qui ne l’aimeraient pas déjà - et de quelle planète débarqueraient-ils, de quelle nébuleuse reculée transiteraient-ils qui n’aurait jamais entendu parler d’Archimusic, du MegaOctet, de Birdy So, d’Eurydice Bis ou de Bitter Sweet. Si ces galaxies parallèles existent, il succomberont forcément à ces Orchestrales qui s’ouvrent sur « Les Oizos Lésés ».

Cette chanson, écrite et composée par Elise puis arrangée par Andy Emler pour le sextet Las Malenas, renoue avec la douceur duveteuse qui emmitoufle à merveille les allitérations élégiaques de l’interprète. Emler signe également les arrangements de « L’arbre », sans doute l’une des plus belles chansons de ce répertoire où le bandonéon de Véronique Rioux et le piano d’Ana Pozuelo voltigent avec espièglerie autour d’un quatuor de cordes ; la contrebasse de Pascale Guillard y apparaît à la place d’un alto. La rencontre d’Elise Caron avec Las Malenas n’est pas de celles auxquelles on penserait au premier abord, mais elle s’avère évidente : il suffit d’écouter « Eurydice Ter » qui suit son chemin sépulcral entre les violons d’Anne Le Pape et Juliette Wittendal pour s’en convaincre. Habituées au tango, Las Malenas ont changé de danse, quand bien même la valse languide « Le Tournerond » en garde quelques braises lointaines. Cela fait plusieurs mois que les sept femmes enchantent les villes de l’Hexagone, mais c’est au Triton qu’a été enregistré l’album, puisque c’est là que tout avait commencé, en 2014, suite à l’invitation lancée à Elise Caron d’interpréter Kurt Weill et « Les Vicissitudes » sur la scène des Lilas. Une histoire de fidélité qui est la raison d’être d’Orchestrales où se croisent tous ses proches pour tresser un doux bouquet.

Ainsi Denis Chouillet, son pianiste d’Eurydice Bis, a écrit les arrangements de « Suave Melodia » où la voix se mêle au violoncelle de Sabine Balasse, aperçue par ailleurs dans le Firebyrds quartet. On l’a vu, il n’est pas le seul ami qui se charge des partitions du disque. Son camarade Michel Musseau, animal sauvage dompté au piano-jouet et à la scie musicale dans les Petites Oreilles, propose avec « Je veux m’amuser » l’un des plus beau voyage dans l’univers d’Elise, à la fois diaphane et grave. Il traduit le mieux l’extrême sensualité qui s’épanche de ces Orchestrales. Ce n’est pas innocent si l’album s’éteint sur ce beau « Jacques a cent ans » issu de son spectacle pour enfants. Gamins, nous le sommes tous un peu lorsqu’un enthousiasme aussi franc nous anime. La perfection n’étant pas de ce monde, il serait juste de se demander si la chanteuse n’est pas une preuve de vie extra-terrestre. Ce qui nous fait revenir au début de cette chronique : tout le monde aime Elise Caron.