Scènes

Ellery Eskelin à Lille

Compte-rendu d’un concert du 18 mai 2003


Une fois n’est pas coutume, je m’aventure en France. Certes, pas bien loin de la frontière, mais pour une bonne cause : le passage à La Malterie de Lille du trio du saxophoniste Ellery Eskelin, pour promouvoir (en français !) son nouvel enregistrement, Arcanum Moderne.

Ellery Eskelin (ts), Andrea Parkins (acc, kb, sampler, laptop), Jim Black (d).

En première partie, un duo de guitares acoustique, qui est passé du bruitisme le plus violent à une formule beaucoup plus traditionnelle de solo mélodique sur accompagnement harmonico-rythmique. Les moments les plus intéressants étaient ceux où David Bausseron et Sébastien Beaumont mêlaient les deux approches, avec des mélodies dissonantes et des rythmes funk qui semblaient vouloir se tenir juste hors de portée.


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© Hélène Collon

Le répertoire du concert du trio formé par Ellery Eskelin, Andrea Parkins et Jim Black est tiré intégralement d’Arcanum Moderne, à part le rappel qui nous ramène quelques années en arrière, à l’époque de Kulak 29 + 30.

Nouveau répertoire, mais les formules de base ne changent pas. On retrouve ces cycles thème/improvisation inlassables, particulièrement réussi sur un 43 rpm très jungle. La reprise du beat tonitruant après une improvisation hyper-kinétique de Parkins fera hurler de plaisir certains spectateurs. Ces cycles semblent permettre sans cesse à l’improvisateur de se ressourcer et de repartir dans une nouvelle direction, d’autant plus qu’à chaque cycle, la composition semble évoluer.

Monk, toujours Monk, quand il s’agit de standards. Avec We See le trio se rapproche du centre du jazz, de par le swing dégagé par le duo Eskelin-Black tandis que Parkins, lors de son duo avec le batteur, semble nous attirer vers une noirceur, un vide absolus.


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© Hélène Collon

L’intégration d’instruments électriques et acoustiques dans le jazz pose souvent problème, mais il y a belle lurette que ce trio a dépassé cette problématique. Que Parkins balance des sons cataclysmiques à partir de son accordéon ou de son laptop, ou bien de beaux accords pop au clavier, autant Black qu’Eskelin savent lui répondre et construire sur cette masse sonore.

Si Philippe Méziat souligne la force de frappe de Jim Black, n’oublions pas sa subtilité et son incroyable son de batterie, qui participent bien plus au développement d’un groove profond et irrésistible qu’un quelconque back-beat.

Le public chaleureux et nombreux a ovationné un groupe qui semble à présent indispensable. A tel point que je me demande quel impact historique ce groupe aura : il tourne et enregistre régulièrement, en proposant une musique originale et accessible. Que demander de plus ?