Scènes

Emler/de Pourquery + Trio Ewen (Pannonica)

Dans le cadre de la huitième édition de Jazz Tempo, le trio Ewen et le duo Emler/de Pourquery investissaient la scène du Pannonica.


Le CRDJ [1] organise tous les ans « Jazz Tempo » [2], une série de concerts présentant à la fois des musiciens reconnus et de jeunes groupes régionaux, qui peuvent donc présenter leur travail aux côtés de têtes d’affiche nationales. Pour cette huitième édition, le Pannonica accueillait un jeune groupe de la région nantaise, le Trio Ewen, suivi du duo Andy Emler/Thomas de Pourquery.


Trio Ewen

La formule contrebasse-saxophone-guitare acoustique n’est pas des plus classiques - cela dénote déjà une volonté de se démarquer, ou tout au moins de tracer sa propre voie. Ces trois jeunes musiciens proposent une musique tout en nuances, entre jazz et world music, sur des compositions du guitariste Fabien Ewenczyk et une reprise de Nguyên Lê. Les arpèges cristallins de la guitare mènent la danse, accompagnés par une contrebasse au chant mélancolique (Ronan Prual), pour une belle musique aérienne que, malheuresuement, la monotonie guette par instants - la faute notamment à des tempos et des couleurs trop uniformes. Dès que le jeu se libère et que la contrebasse s’affirme, la guitare se dévergonde et Jimmy Fétiveau lance son saxophone dans des solos brefs mais originaux et bien construits. Ce jeune musicien, qui s’avère être le piment du groupe - la petite touche épicée qui donne sa richesse à la musique d’Ewen - est à suivre de près : son discours est déjà empreint d’une maturité surprenante. Après un set relativement bref, on retiendra l’originalité du propos, la cohésion du groupe et ce saxophoniste plein d’avenir.


Emler/de Pourquery Duo

Andy Emler aura parcouru les Pays de la Loire de long en large en 2009 dans le cadre de sa résidence régionale. Après s’être produit avec son MegaOctet, en duo avec Pascal Contet ou avec son trio ETE sur les différentes scènes de l’Ouest, c’est au Pannonica qu’il se produit encore, cette fois avec un de ses partenaires privilégiés : le génial Thomas de Pourquery. Le ton est donné d’emblée : ce dernier remercie mais précise qu’Emler et lui ne savent pas ce qu’ils vont jouer car… le duo n’existe pas ! Pour ceux qui ne connaissent ni le saxophoniste déjanté de DPZ, de Rigolus et du MegaOctet, ni Andy Emler, l’entrée en matière est à l’image de ces deux bêtes de scène. Pendant plus d’une heure les deux hommes vont livrer leur vision de ce qu peut être aujourd’hui un duo d’improvisateurs. S’inspirant de séries télé (improbable reprise du générique de « Weeds »), du patrimoine de la variété française (« Un été » et « La vie en noir » de Nougaro), ils dynamitent avec une jouissance certaine et beaucoup d’humour tout ce qu’ils jouent, transformant chaque chanson en pépite délurée.


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Thomas de Pourquery © H. Collon

Andy Emler confirme qu’il est un véritable juke-box humain, doté d’une mémoire encyclopédique servie par une technique et une inventivité sans faille. Les multiples citations qui nourrissent son jeu (les quelques notes introductives de « Ne me quitte pas », par exemple), sont autant de pistes esquissées, aussitôt travesties. Quant à de Pourquery, sa voix et ses saxophones semblent sans limites ; il navigue sans cesse entre free jazz et chorus à la fois mélodiques et stridents. Deux moments forts : la mise en musique du réquisitoire de Desproges contre Régine Desforges et la reprise explosive de « Machiavelika Portugal » (sur l’album de Rigolus) dans cette leçon de liberté, de musique sans étiquette où les idées de l’un épousent étroitement le propos de l’autre. Dommage que le duo n’existe pas…

par Julien Gros-Burdet // Publié le 28 décembre 2009

[1Le Collectif régional de diffusion du Jazz qui, fondé en 2001, regroupe aujourd’hui trente-cinq structures des Pays-de-la-Loire, essentiellement consacrées à la diffusion, s’est donné pour objectif la promotion du jazz et des musiques improvisées dans la région, tant dans le domaine de la diffusion et de la création que de la sensibilisation des publics.

[2Texte issu du site du CRDJ : « Se déroulant sur tout le mois de novembre, la huitième édition de Jazz Tempo met en lumière de nombreux projets, reflets d’une grande diversité de styles : d’un jazz plus mainstream à des incursions vers l’expérimental, en passant par des groupes dont la direction artistique traduit l’ouverture du jazz actuel. En fil rouge, nous retrouvons à plusieurs reprises le pianiste et compositeur Andy Emler, un des musiciens les plus reconnus dans l’Hexagone (Victoires du Jazz en 2008) et qui arpente notre territoire avec différents projets depuis le début de l’année 2009. Jazz Tempo, c’est au total : 38 concerts programmés dans le cadre de 27 soirées organisées par 21 partenaires régionaux, du café-concert à la scène nationale, preuve de l’importance de tous les lieux pour promouvoir la diffusion du Jazz dans notre région. »