Erb, Mayas, Hemingway
Phyla Music
Christoph Erb (ts, ss), Magda Mayas (cla), Gerry Hemingway (d)
Label / Distribution : Veto Records
On retrouve à intervalles réguliers - Christoph Erb aime bien les rendez-vous - le trio que le multianchiste compose avec la pianiste Magda Mayas et le batteur et percussionniste Gerry Hemingway. Une rencontre subtile mais aussi bruitiste, qui développe sur le temps long une discussion apaisée où chacun des improvisateurs aime à sortir de sa ligne. Après des lectures liées à l’intimité du quotidien (Dinner Music puis Bathing Music) émaillées de morceaux relativement courts, le dernier, Hour Music, ouvrait vers un concept plus abstrait, posé sur le temps long. Une joute unique, complexe, où Magda Mayas montrait toute sa science du piano préparé, sur une ligne sinueuse travaillée par Hemingway, sculpteur d’un son brut mais cependant très ouvragé. Avec Phyla Music, c’est le chaos qui redistribue les rôles. Si Erb reste au sax ténor et soprano, enivré de slaps et de jeu d’anches où le souffle est matière, on a le sentiment que ses compagnons ont échangé leurs fonctions : Hemingway travaille davantage ses peaux, avec un son mat très élaboré, quand Mayas s’empare de l’électricité en jouant du Clavinet.
Cet apparition de l’électricité dans le trio est une donne nouvelle, une expérience inédite. Mayas tire de son Clavinet, considéré comme un clavecin électrique, un son qui fait parfois penser à une guitare. Elle travaille les cordes et leur tension pour faire apparaître une dose de virtuel assez saisissant. On pourrait songer que cette transformation amène Christoph Erb à décider de hausser le ton, de renverser la table. Il n’en est rien : au contraire il nimbe l’échange du clavier et de la batterie d’un ronronnement impalpable bien que tout à fait acide. Quand le ton monte, à la manière d’une lame de fond, c’est le riff du Clavinet et l’apparition de cymbales qui vont amener le saxophone à s’incarner davantage. Le sentiment d’une entropie insaisissable devient, le temps d’un roulement de vague, une entité de chair et de sang. Une puissance libérée.
Phyla Music fait a priori référence à un thème botanique [1], à un ordre du vivant qui a sa part d’inconnu et d’abstrait. Il y a aussi la notion d’appartenance, de clan. Paru sur le label Veto Records, on peut dire que ce trio a tout de la petite famille. De celles qu’on est heureux de retrouver.

