Fay Claassen
Soulprint
Fay Claassen (voc), Karel Boehlee (p, synth), Peter Tiehuis (g), Theo de Jong (b), Martijn Vink (d).
Label / Distribution : Auto Productions
Soulprint, avec sa couverture bleu pâle tirant vers le gris de petits matins brumeux, porte en lui un morceau d’Europe du nord, entre Cologne et Bonn, Amsterdam et Bruxelles.
Après une discographie déjà riche d’une bonne dizaine d’albums et quatre prix Edison Jazz glanés au passage, la chanteuse hollandaise Fay Claassen livre pour la première fois un disque presque entièrement composé de chansons originales.
À ses côtés, des compagnons de longue date. Deux compatriotes d’abord : Peter Tiehuis aux guitares, Martijn Vink à la batterie. Puis des voisins belges - Karel Boehlee au piano et aux synthétiseurs, Theo de Jong à la basse électrique - tous porteurs de l’efficacité tranquille de musiciens sachant exactement où ils vont.
Parmi les neuf compositions - dont plusieurs co-écrites par la chanteuse elle-même : une reprise d’un thème du multi-instrumentiste belge Toots Thielemans. Auparavant il y aura eu « Smiling Tears », morceau hommage à ce même Toots, révérence légère adressée à ce fantôme bienveillant du jazz européen.
Autre figure de la scène belge, mais bien vivante, David Linx signe les paroles françaises de « La Dame du Sans-Souci ».
On remarquera aussi « Feel The Beat », que Claassen avait imaginé à l’origine pour Betty Carter, morceau emballant d’efficacité qui fera claquer les doigts des plus sceptiques, même malgré eux.
À l’inverse, « Good Times », déjà bien connu sur scène, déploie un lyrisme souple qui frôle l’emphase sans jamais perdre l’équilibre et qui s’imagine volontiers en morceau de bravoure lors d’un concert.
Tout cela est très professionnel, propre, précis. Une forme de classe américaine dans le registre chanson jazz - on peut penser à Ben Sidran, Cassandra Wilson ou Donald Fagen - dont l’Europe peut aussi se targuer depuis plusieurs années grâce à l’excellence de son réservoir de musiciens. Efficacité. Mais pas sans âme ; l’âme fait partie du job.
La classe américaine, donc, mais pas mal, non ? C’est européen.
