
Leeds, au nord de l’Angleterre, ne nous avait pas habitué à être une ville de jazz. Il suffit parfois d’une graine pour faire fleurir la plaine, c’est ce que l’on pense lorsqu’on entend la musique du Ferg’s Imaginary Big Band (FIBB), l’orchestre monté par le contrebassiste Fergus Quill, animateur et détonateur d’une musique toute pleine d’images et de bifurcations. Une musique assez explosive et joyeuse, pétulante même avec le débordant « J Surfin’ on Saturn », premier morceau de The New Atomic. C’est comme une revue d’effectif avec sa ligne de soufflants drue et son électricité trépignante qui aime à renverser la table d’un coup de métal. Qu’on ne s’y trompe pas, rien ici ne ressemble à du jazz traditionnel, quand bien même derrière la posture iconoclaste se cache une sacrée connaissance des dynamiques du Grand Format et de l’énergie des orchestres jazz à travers le temps comme unité de mesure.
Fergus Quill est une découverte. Dans ce disque à la pochette référentielle (difficile de ne pas penser à The Atomic Mr Basie…), les prestations individuelles sont volontairement laissées de côté. Le collectif prime, mais l’on peut reconnaître que dans le grand melting-pot ou la pop de « Love Sick » côtoie un gentil foutoir de cuivres, la personnalité de Quill émerge par sa capacité à mener ce grand barnum coloré où le saxophone baryton de Bess Shooter [1] découpe une rythmique puissante (« Do The Right Thing »). En remontant le fil de sa discographie, on ne s’étonne guère de découvrir un Quill nourri de musiques de film, à l’image de son ¡Blamo ! en trio avec son esthétique de Western. Il y a dans le FIBB un côté très théâtral que l’on perçoit taillé pour la scène et pour la fête.
Il serait réducteur de penser à Zappa quand Quill avoue des penchants pour Zorn ou pour Sun Ra. Difficile cependant d’en fait fi, même si le propos n’a ici pas de penchant ironique. Cette musique a plutôt tout du grand mezze dont on sort un peu étourdi, comme si Quill avait invité Trey Spruance à une fête fanfaronne (« Besszilla », sans doute le sommet de l’album et une atmosphère de Monster Movie qui ne trompera personne). Si ses compatriotes londoniens du même âge revisitent l’acid jazz jusqu’à la nausée, Quill, dans une démarche similaire mais bien moins pavlovienne recycle avec un certain goût pour l’ivresse toute la musique qui lui est passé par les oreilles avec un sens rare de l’orchestration et de la dérision. On pensera par instant à un Sacre du Tympan volontiers plus pop. Britannique, en un mot.
Les musiciens sont mentionnés sur la page BandCamp.
Notes
[1] Héroïne du clip ci-dessous.



