Scènes

Festival de Jazz de Grenoble en Isère

Compte rendu de la 33è édition du Festival Jazz de Grenoble (Isère)


Programmée du 3 au 19 mars 2005, la 33è édition du « Grenoble Jazz Festival en Isère » aura permis d’entendre pas moins d’une cinquantaine de formations jazz en l’espace de deux semaines. Impressions et compte rendu non exhaustif en quatre instantanés de cet événement qui s’est achevé en apothéose par la prestation magique et onirique de Nils Petter Molvaer.

  • La nuit électrique - samedi 19 mars Maison de la Culture 2.

Selon le programme du Festival, la formation norvégienne prévoyait à la guitare Eivind Aarset, mais le soir du concert, c’est à un trio que nous avons droit : Nils Petter Molvaer, les platines du dj Paal Nyhus et les claviers du bidouilleur ès machines Jan Bang. Deux machinistes qui créèrent ce soir-là l’univers synthétique où vint se greffer la matière sonore du trompettiste nordique.

Plus qu’à un voyage musical, Nils Petter Molvaer convie le public à un trip passant de perceptions noires et denses à leur exact opposé, colorées et jouissives. L’année dernière, l’autre Norvégien Bugge Wesseltoft clôturait le festival dans cette même veine électro-jazz, mais ici, en lieu et place de longues boucles hypnotiques, Nils Petter Molvaer organise son set en une longue progression ininterrompue de près de quanrante-cinq minutes qui commence dans l’obscurité d’une nuit striée de rayons ultraviolets pour finir au milieu d’un aurore imaginaire emplie de ces chants d’oiseaux qui annoncent le lever du jour. Alors, via un parallèle scénique, les éclairages révélent aux spectateurs le visage des musiciens, que les jeux de lumières dissimulaient jusque-là.

Nils Petter Molvaer © Denis Rideau 2005

  • Le Jazz européen - mardi 15 mars, Maison de la Culture 2

Selon une habitude dorénavant bien installée, vers 18h, le Festival propose au tarif unique et modeste de 5€ la découverte des futurs nouveaux talents éventuels du jazz européen. C’est dans ce cadre que se produit le trio du pianiste grand-breton David Matthew Bournes, accompagné à la contrebasse par Dave Kane et à la batterie par Steve « Dakiz » Davis qui donne le vertige aux auditeurs en proposant une musique très vive, aux accents free extrêmement contrôlés. Cet élève de Keith Tippett, qui a la particularité de jouer en chaussettes trouées, compose avec son trio un jazz social et revendicateur. Un jazz nourri de bière et non dénué d’esprit canaille, servant un répertoire « accelerando » (indication de jeu : au métronome sans contrepoids). Touché de jeu impulsif, décompositions rythmiques, une nervosité de free tonal et de rajouts sonores, ce pianiste gueule et souffle sa musique dans un tempo de feu où les bébés pleurent, les femmes hurlent et les notes vous glacent les sangs. Alors riez pour conjurer votre angoisse. Sauvage et insolent, le jazz punk de David Matthew Bournes est entré à Grenoble.

  • Défijeune à Médéric Collignon jeudi 11 mars - Théâtre de Grenoble.

Vient le tour de l’inamovible Médéric Collignon, présent pour la troisième année consécutive à l’affiche du Grenoble Jazz Festival (il y a deux ans, il débordait d’énergie dans le « Napoli’s Walls » de Louis Sclavis, et l’année dernière il proposait un solo électro en plein midi). Pour cette 33è édition, il succède à Laurent Dehors pour relever un défi : organiser sur scène un peu plus qu’une jam d’amateurs.

Médéric Collignon Tribal Poursuite © Denis Rideau 2005

Place alors au Tribal Poursuite (titre parodiant un jeu très connu où l’on gagne des camemberts) : Julien Mouroux samples et claviers, Guillaume Cabaud, basse, Cédric Viard, guitare, Clément Putegnat, didjeridoo et clarinette, Stéphane Ploto, clavier, Médéric Colligon, cornet de poche, voix, effets, jouets, bugle - qui même sans essence ferait décoller une navette spatiale.

Ce projet s’intitulant fort justement OSNI (pour Objet Sonore Non Identifié), jouant la carte des extraterrestres musicaux, ce groupe éphémère prévient de son arrivée imminente par des nappes spacieuses et un delay de clarinette. Rythmes électroniques, sanza et digeridoo, la formation jazz est pour le moins atypique et expérimentale ; un rassemblement de cinq timides autour d’un gourou pour une célébration post Head Hunterienne. Des extraterrestres pacifiques mais pas forcément compréhensibles. Médéric Collignon se déchaîne, reprend à la voix le solo que le bassiste vient de lâcher, produit des chœurs d’opéra sur des harmonies de claviers, puis, audacieux, tente lors du rappel de lancer les musiciens sur l’exercice rugueux de l’a capella. On remerciera ces jazzmen improvisés d’avoir tenté de dégeler la banquise des mers de Mars.

  • Hommage à Claude Nougaro - lundi 14 mars - Maison de la Culture 2

Ce festival fut aussi l’occasion de rendre un hommage nostalgique au jazzman des mots Claude Nougaro.

Maurice Vander © Denis Rideau 2005

Maurice Vander est le maître de cérémonie de cette soirée « musique sans chanson » où soufflent l’accordéon Milonga de Bernard Lubat et l’orgue Hammond d’Eddy Louiss. Parfois la voix vocodée d’Eddy Louiss remplace le regretté Toulousain. Sur des lignes de basse de Luigi Trussardi, le concert, organisé autour des thématiques valses jazzy, samba brésilienne et emprunts jazz et classique, nous embarque dans un dernier tour du monde à dos de claviers avec l’interprète de la Ville rose.

par // Publié le 26 septembre 2005