Chronique

Flavio Zanuttini

Requiem For Democracy

Flavio Zanuttini (tp, perc, fx), Miljan Minic (cl), Andrea Liani (fh), Marco D’Orlando (d)

Label / Distribution : Aut Records

Trompettiste italien encore trop peu connu de ce côté-ci des Alpes, Flavio Zanuttini côtoie de beaux noms de l’improvisation mondiale, de Zlatko Kaučič à Eugene Chadbourne qui signa les notes de pochettes de son trio Opacipapa, dont le disque Born Baby Born date de 2018. Musicien élégant, par ailleurs friand d’expériences solistes, son premier album sur le label Aut Records, tête chercheuse européenne, offre une vision brillante de sa qualité d’écriture, avec un trio de soufflants où la batterie de Marco D’Orlando s’invite pour une poignée de morceaux.

D’Orlando s’illustre notamment sur le très beau « Dies Irae » où Zanuttini mélange sa trompette à l’attaque très claire avec le ronronnement de basse d’un synthé modulaire. Le propos, très ample dans le dialogue avec le cor d’Andrea Liani, est tout en mouvement et marqué par la musique écrite occidentale sans s’enfermer dans une joliesse vaine : « Tuba Mirum » qui lui fait suite, est un miroir tendu entre la trompette et son double électronique, marasme inquiet qui, selon Gramsci, est un clair-obscur d’où surgissent les monstres. Car le propos de Zanuttini est éminemment politique et interroge nos vieilles démocraties libérales ; la forme du requiem, scrupuleusement respectée avec son « Kyrie Eleison » volontiers bruitiste où le synthétiseur est une ligne droite dans un univers de brisure, en est l’incarnation, tout comme le « Lacrimosa » où le jeune clarinettiste serbe Miljan Minic s’illustre tout particulièrement.

Politique, parce que la période le veut, surtout en Italie, mais aussi parce que la musique de Zanuttini n’est pas exempte d’un certain lyrisme, ce qui est particulièrement sensible dans « Lux Æterna », comme le veut l’exercice, où trompette et batterie donnent des perspectives et de l’espace. Disque court, Requiem For Democracy est l’occasion de se plonger dans l’univers d’un musicien à suivre sans retard, et de prêter attention à son goût pour la pâte orchestrale qui ferait merveilles sur des formats plus grands. Le propos de Zanuttini n’est pas sombre ou décliniste. C’est le vent d’espoir d’un orchestre de vents.

par Franpi Barriaux // Publié le 12 juillet 2026
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