Chronique

François Poitou

Old Folks

François Poitou (b), Maxime Berton (clb), Federico Casagrande (g), Aude Marie Duperret (vla), Bastien Ribot (vln)

Label / Distribution : Yovo Music

Ce que l’idée du folk convoque spontanément, c’est une pâte sonore acoustique, mais aussi cette façon de transmettre, dans une simplicité de geste, des vérités immémoriales. Toujours traversées, bien sûr, des paysages où elles ont germé, ou qu’elles ont dû franchir.

C’est sur ce fil que François Poitou et ses quatre compagnons avancent : une musique de chambre, mais chambre ouverte sur l’horizon, carnet de route et notes sur soi-même. Conjugaison, aussi paradoxale qu’évidente à l’oreille, d’intimité et d’espaces à perte de vue.

Pour qui suit le parcours du contrebassiste, ce disque surprend par son pas de côté : après avoir accompagné les scansions incisives de la plume rap de Pumpkin, il se tourne ici vers un récit sans mots, mais qui n’en raconte pas moins. Si l’approche diffère, la musique n’a délaissé ni le récit ni le croquis.

La tête s’emplit d’images et sensations dès la lecture de ces titres évocateurs, riches de paysages vastes ou intimes (« Le Figuier au fond du jardin », « Lumières de Moher », « Grandes marées », « L’Épave du Donator ») que l’écriture musicale renforce, affine et approfondit.

Dans les sillons creusés par la contrebasse du leader, les timbres des différents instrumentistes se succèdent ou se complètent avec bonheur.
Compositions et arrangements subtils et sans effets d’épate (une tentation récurrente quand on se frotte aux cordes frottées) ont pensé, avec beaucoup de soin et de réussite, les successions comme les dialogues instrumentaux.

Ajoutons que l’ensemble est servi par un son limpide (beau travail de production signé Arthur Gouret), qui n’est pas sans rappeler la clarté des enregistrements ECM : cette lumière grise et bleue qui lave les contours jusqu’à la netteté d’un paysage après la pluie.

par Aymeric Morillon // Publié le 14 septembre 2025
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