Portrait

François Raulin dans le boudoir de Proust

Ses collaborations avec Louis, Jean-Jacques, Claude et les autres laissent une marque profonde dans le « jazz à la française »…


Qui ne connaît François Raulin ? Ce pianiste rhodanien dont les collaborations avec Louis, Jean-Jacques, Claude et les autres laissent une marque profonde dans ce « jazz à la française » ouvert à des cultures musicales tous azimuts. Les lecteurs de Citizen Jazz ont récemment pu lire une tribune consacrée à ses nombreux projets, qui vont de la Chine à l’Afrique et du solo au big-band. Logique que Marcel prenne le relais, à la recherche des facettes cachées de François…

  • Ma madeleine…

Le premier oiseau du printemps (je connais son chant mais pas son nom), l’odeur de l’océan dans le port de Camaret, « Warm Valley », la lumière du soir en automne…

  • Le bonheur musical parfait…

Le moment du concert ou le cerveau cesse de penser et ou la musique jaillit « naturellement ».

  • En tant que musicien, j’ai été le plus heureux…

En me promenant dans les pyramides mexicaines avec le sextet de Louis Sclavis. En marchant vers Trois Bassins sur l’île de La Réunion, avec les mêmes. En écoutant le « tout puissant Polyrythmo » jouer « Tchink System » à Cotonou en 1979. En dansant sur « Farafina » chez Mahama Konaté dans les cours à Dolo, à Bobo Dioulasso en 1981. En découvrant la gastronomie de Pierre Gagnaire avec les amis musiciens qui avaient joué la veille à Rives de Giers (repas mémorable de treize heures à dix-neuf heures !). Et puis, souvent, sur scène, avec mes camarades improvisateurs…

  • Le trait principal de ma musique…

Le demander aux autres !

  • Si je devais changer une chose dans ma musique…

Respirer plus lentement.

  • Ma plus grande peur quand je joue…

Perdre l’envie de jouer. Ne pas être à la hauteur.

  • Ce que j’ai réussi le mieux dans ma vie musicale…

Réaliser quelques-uns de mes rêves d’enfant : jouer Fats Waller devant mille personnes (réalisé le 30 mars 2006).

Réaliser quelques uns de mes rêves d’adolescent : jouer avec Louis Sclavis, Michel Portal, Bernard Lubat.

Jouer avec des griots africains comme Adama Dramé ou Mahama Konaté, rencontrer et voyager…

  • Mon plus grand regret musical…

J’ai encore le temps et, j’espère ne pas en avoir ! Sinon, ne pas avoir le niveau pour bien jouer la musique classique et la musique contemporaine.

  • Je rêve de jouer…

Mieux aux échecs, mieux du balafon, mieux de la batterie, mieux au baby foot et mieux du piano !

  • La qualité que je préfère chez un musicien…

Générosité, sincérité, fantaisie et rigueur… Drive et swing… Authenticité…

  • Les fautes musicales qui m’inspirent le plus d’indulgence…

Toutes, si la musique est présente.

  • Mon instrument préféré…

Violoncelle, voix, trombone, doso’n goni, balafon, orgue à bouche, sheng, violon alto (à corde)… En fait, il n’y en a juste un avec lequel j’ai du mal : le pipeau !


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François Raulin © Sylvie Brignone

  • Les musiques que j’aime par-dessus tout…

Houla ! Beaucoup, beaucoup… Y compris les conférences d’oiseaux vers cinq heures du matin ! Bon, allez : « Laura » par Jeanne Lee et Ran Blake, « Le Sacre du Printemps », « La ci darem la mano » dans Don Giovani, les deux quatuors de Ligeti, Métaboles et Mystère de l’instant de Dutilleux, « Boplicity » (Miles), « Good Bye Pork Pie Hat » (version Ah Hum), « Diminuendo / Crescendo in Blue », les variations Goldberg

  • Mes héros musiciens…

Ellington, Ligeti, Stravinsky, Dutilleux, Monk, Mingus, Joao Gilberto, Ray Charles, Bach, Hermeto Pascoal, Prince, Brassens, Mozart, Miles, Ned, Ralph and Zblurt

  • Mes disques de chevet…

Un si doux tonnerre, Ah hum, L’anniversaire de frais, Le plus nouveau son autour, Maintenant il chante maintenant il sanglote, Les Noces de Figaro, tout le quintet de Miles, les Monk en solo, les Jarrett en trio, Concerto for Billy the Kid de Georges Russell, Crosscurrents (Tristano / Konitz / March, Quiet Nights (Django Bates)…

  • La chanson que je siffle sous ma douche…

« Corcovado » ou « La femme d’Hector », par exemple…

  • Ma note favorite…

16/20 car plus, c’est trop ostentatoire !

  • En musique, je déteste par-dessus tout…

La mollesse et le manque de personnalité.

  • Mes peintres favoris…

Vermeer, Bacon, Bruegel, Malevitch, Anish Kapoor, Tony Cragg, Barcello, Da Vinci, G. de la Tour, Miró, Van Eyck, Pieter de Hooch, Grosz, Tapiés

  • Mes films cultes…

La femme de sable, La soif du mal, Stalker, Frankenstein Junior, les Marx Brothers, Monty Python Sacré Graal, La controverse de Valladolid, Amarcord, 2001, l’Odyssée de l’espace, Les liaisons dangereuses (version S. Frears), Le cuirassé Potemkine, Le châateau de l’araignée, Riz amer, Psychose, Répulsion, Mémento

  • Mes auteurs favoris…

J’ai eu des périodes Paul Auster et William Boyd, Herbert Lieberman, Perec, Charlie Shlingo, Carver, traités d’astrophysique (une passion ancienne) etc.

Maintenant je lis plein de choses différentes : Tolstoï, Shakespeare, Dostoïevski, H. Murakami, K. Ishiguro, Conrad, Charlie Hebdo (et même, parfois, Libé et Le Monde !) et des livres d’entretiens et de mémoires (Chostakovitch, Berlioz, DaPonte, Dutilleux, Stravinsky, Hellfer…).

  • Ma boisson préférée…

Le vin rouge et blanc (côte rôtie, « grands » bourgognes…), le thé bleu-vert (semi-fermenté) en gong fu cha chez maître Tcheng à Paris ou à Shanghai, le thé vert (Bi luo chun, long jin) et rouge (keemun, yunan…)… de Chine bien entendu !

  • Mon plat préféré…

Un plat de chez Pierre Gagnaire (voir plus haut).

  • Mon occupation favorite…

Lire.

  • Le don de la nature que je voudrais avoir…

Voler et déchiffrer à vue.

  • Le morceau que je veux pour mon enterrement…

D’abord un truc pour pleurer : « Mon vieux Léon » ou le Stabat Mater de Pergolese. Ensuite un truc qui donne envie de danser et de boire à ma santé ! Et là, c’est sûr, je le couche devant huissier dans mon testament : « L’indifférence » par Tony Murena puis la même par Lubat et Minvielle. Après, on peut envoyer Al Jarreau, James Brown, Prince ou Ray Charles. Enfin, vous faites comme vous voulez : la main est à vous, les vivants…

  • L’état présent de ma démarche musicale…

Le questionnement et la persévérance, l’envie de continuer d’apprendre de mes camarades musiciens en initiant des projets de rencontres.

  • Ma devise…

Vin blanc avant le concert, main gauche un peu derrière…