François Rossé, 1945-2026

François Rossé, pianiste, compositeur, improvisateur, nous a quittés à l’âge de 81 ans le 4 septembre, des suites d’un AVC qui l’avait frappé au mois d’août.
Mais François Rossé ne nous quittera pas.
Ceux qui l’ont vu ou écouté, ceux qui l’écouteront à l’avenir sauront quel précieux dynamiteur il fut. De sa formation académique à l’École normale de musique puis au Conservatoire de Paris – où il fut, disait-il, le dernier élève d’Olivier Messiaen – il gardait une connaissance encyclopédique de ce qu’il appelait la « musique traditionnelle écrite occidentale ». Mais François Rossé s’était aussi très tôt intéressé à tous les champs de la musique, du classique au traditionnel, du romantique au jazz, de l’électro-acoustique à l’improvisation. Ses compositions embrassaient toute l’amplitude d’une immense culture musicale et littéraire et défiaient tout académisme. Son piano était une corne d’abondance d’où pouvaient jaillir une chanson alsacienne déguisée en Chopin, une liszterie à la mode gasconne, de soudaines percussions sui generis.
Ceux qui l’ont côtoyé ne serait-ce que quelques instants se souviendront d’un être chaleureux, inventif, malicieux souvent, irrespectueux de toutes les frontières (né frontalier, il savait ce qu’elles valent !), fidèle en amitié – il garda toute sa vie le contact avec ses compagnons de route du CEFEDEM – et tourné vers l’à-venir. Gourmand aussi, de tous les fruits de l’esprit… et de la terre : quand on évoquait son rang de chevalier des Arts et Lettres, il revendiquait son titre de « Maistre dégustateur d’Aligot » chèrement acquis dans les burons de l’Aubrac.
Bernard Lubat, Beñat Achiary, Jean-Marie Londeix, Mixel Etxekopar, Denis Badault, Gérard Siracusa, Sylvain Kassap furent quelques-uns de ses compagnons d’improvisation. Il fut aussi un compositeur reconnu et prolifique : plusieurs centaines d’œuvres au compteur, dans une profusion de genres à l’image de son univers. Dans sa dernière grande composition, Ecce Johanna, créée pour le 600è anniversaire de la naissance de Jeanne d’Arc, créée à Rouen en 2012, Jeanne interrogeait les multiples détournements politiciens dont elle fit l’objet à travers l’histoire. Deux ans auparavant, il avait publié avec Mixel Etxekopar Transhumantzia, randonnée poétique de deux êtres humains à travers leurs montagnes spirituelles respectives.
L’histoire d’un ruisseau, écrivait Élisée Reclus, est l’histoire de l’infini. François Rossé au piano n’était pas un fleuve mais un ruisseau. Son histoire musicale est celle de l’infini des musiques, indociles, bouillonnantes et définitivement vivantes.


