Chronique

Fred Frith Trio

Closer to the Ground

Fred Frith (eg), Jason Hoopes (eb), Jordan Glenn (dms)

Label / Distribution : Intakt/Orkhestra

Parlerions-nous de ce disque s’il n’était pas signé Fred Frith ? Serions-nous aussi exigeants s’il était signé d’un autre ? Deuxième enregistrement de ce trio qui trouve son plein épanouissement dans le brûlant de la scène, Closer to the Ground reprend les principes qui ont animé, en 2016, Another Day in Fucking Paradise, déjà chez Intakt. En proposant une musique d’obédience rock, dans son aspect le plus sombre, elle fait le choix, comme son titre l’indique, de ne jamais vraiment décoller et induit, par cette volonté de rester au plus proche du plancher des vaches, deux dimensions aux propriétés contraires.

Une recherche, d’abord, de ce que trois musiciens peuvent faire de plus lourd en matière d’improvisation et d’interactivité. A commencer par la basse épaisse de Jason Hoopes qui passe en revue les possibilités offertes par ces formes de musique (post-rock, dark dub, metal, etc.) en n’omettant pas toutefois quelques moments plus mélodiques qui éclairent l’ensemble. La batterie de Jordan Glenn, de son côté, en dépit d’une finesse de jeu rappelant le jazz, frappe en tous sens avec une obstination qui a, certes, le mérite de dégager de nouvelles voies en les ouvrant largement à ses partenaires, mais peut parfois fatiguer l’oreille.

Le versant négatif de ce terre-à-terre est clairement le manque d’objectif de cette formation. Son obstination à n’avoir d’autre but, semble-t-il, que de prendre plaisir à se retrouver et chercher à faire corps, nuit à l’écoute. Les propositions de Fred Frith sont bien évidemment judicieuses, sa palette de textures est vaste et son usage pertinent, n’empêche que cette musique tourne au patchwork où quelques belles pièces miroitent sans peine mais où l’ensemble se délite une fois le disque terminé.

par Nicolas Dourlhès // Publié le 3 février 2019
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