Funchal Jazz à l’heure américaine 🇵🇹
Le festival de Madère propose une programmation riche et variée.
© Carolina Santiago
Excellente idée du directeur artistique de Funchal Jazz , Paulo Barbosa, que de commencer chaque année son festival avec de jeunes talents et des étudiants. Les amateurs de jazz ont de quoi se réjouir. Des jam sessions sont au programme tous les soirs, ainsi que de la musique dans la rue ou dans un bus. Sans oublier les master classes : elles ont lieu au conservatoire et sont animées par des stars du jazz confirmées qui se produisent ensuite sur la grande scène du parc Santa Catarina.
Elle a dû reprendre son souffle à plusieurs reprises et attendre un instant avant de pouvoir poursuivre. À la fin de son concert d’examen, Joana Pereira était visiblement émue lorsqu’elle a prononcé ses remerciements. Depuis quelques années, le Funchal Jazz Festival commence toujours par une série de concerts gratuits dans un petit jardin agréable situé au cœur de la capitale de l’île de Madère, quelques jours avant les concerts principaux. Certains de ces concerts sont également les examens de fin d’année des étudiants du conservatoire. C’est le cas du concert de la jeune saxophoniste alto, Joana Pereira, qui a rendu un hommage enchanteur au grand saxophoniste alto américain Art Pepper, et a su convaincre le public et le jury.

- Ambrose Akinmusire © Carolina Santiago
Ambrose Akinmusire n’a pas donné de master class, ce qui aurait été intéressant, surtout après avoir assisté à sa performance. « Honey From a Winter Stone » est le nom du projet actuel de ce trompettiste américain ambitieux, une œuvre pour quatuor de jazz, rappeur et artiste de spoken word (le brillant Kokayi), ainsi qu’un quatuor à cordes contemporain, le North Sea String Quartet. Il a déplacé, illustré et contredit les accents de ce que l’on venait d’entendre, avec une grande liberté textuelle, et des éléments variés du jazz moderne et du hip-hop. Une musique de chambre toujours stimulante. Les compositions d’Akinmusire se présentent sous forme de suites, sollicitant l’intellect de l’auditeur dans des moments abstraits, tout en le touchant émotionnellement. Tantôt minimalistes, tantôt groovy et décalé, ce portrait innovant, expérimental et politique d’Akinmusire n’est en tout cas ni calme ni prévisible. Avec cet album, il est devenu l’un des trompettistes de jazz les plus passionnants de sa génération.
Était-ce donc le meilleur concert du programme de cette année ?
Répondre « oui » à cette question ne serait pas mentir.
Qu’avons-nous vu encore de particulièrement réussi ? Certainement pas la prestation de Lakecia Benjamin.
Il est difficile de supporter cette saxophoniste américaine ultra extravertie, surtout quand on l’a déjà vue en concert. Car c’est toujours la même chose. Elle se précipite sur scène, crie ses salutations au public et promet une fête à faire sauter le toit. Et ça continue comme ça, à fond. Toujours plus d’énergie, toujours plus vite, toujours plus sauvage. Et bien sûr, « Mme Benjamin aimerait rester à Madère pour toujours », même si elle n’est arrivée sur l’île que le jour du concert ! Ceux qui aiment ce genre d’animation trouveront l’Américaine formidable. Son concert a connu quelques moments forts, comme sa version du classique de Coltrane, « My Favorite Things », jouée avec une intensité qui surpasse même celle de Trane.

- Fred Hersch © Carolina Santiago
Quel soulagement, le lendemain soir, d’assister au concert de Fred Hersch et de son trio ! Sans aucune prétention, le pianiste de jazz américain et ses deux accompagnateurs, le bassiste Drew Gress et le batteur Jochen Rueckert, ont interprété avec naturel et une réserve parfois presque timide un magnifique programme composé de standards et de compositions originales. En rappel, il a interprété « And So It Goes » de Billy Joel en solo au piano à queue. Une mélodie délicate et envoûtante. Quelle belle conclusion !
Paulo Barbosa n’aurait pu imaginer meilleure conclusion pour le festival que celle proposée par l’Orchestre de jazz de Funchal, dirigé par Maria Schneider. La compositrice et arrangeuse de big band, originaire du Minnesota, a passé une semaine sur l’île afin de travailler ses compositions pour le concert avec cet orchestre en constante progression. Elle s’est montrée enthousiaste à juste titre quant au niveau des musiciens, rejoints par le saxophoniste espagnol Perico Sambeat et des musiciens du Portugal continental, comme l’accordéoniste João Barradas qui avait déjà enchanté le public, deux jours plus tôt, sur la grande scène du festival avec son propre trio, renforcé par le guitariste américain Jonathan Kreisberg. Schneider et l’orchestre ont offert au public nombreux, réuni dans le magnifique parc, un grand finale tard dans la soirée, avec un jazz contemporain grand format aux nombreuses nuances et aux voix instrumentales entrelacées.
