Chronique

Gabbro

Groundspeed

Hanne de Backer (ss, bcla), Gasper van de Velde (d), Raphael Vanoli (eg)

Label / Distribution : Gabbro Records

Saxophoniste belge qui tient lieu de leadeuse inamovible à un projet à géométrie variable, Hanne de Backer trouve avec Gabbro (du nom d’une roche magmatique non effusive qu’apprécie la musicienne. Renseignez-vous pour plus d’informations géologiques) la configuration la plus souple lui permettant d’explorer les domaines qu’elle affectionne. Deux disques précédents, en trio ou duo, ont permis de poser les principes de cette musique aventureuse.

L’expression musique voyageuse trouve, en effet, sa justification dans ce nouveau disque puisque à l’origine de ce projet, la saxophoniste est partie, en compagnie cette fois du batteur Gasper van de Velde de Belgique vers l’Italie, où se trouve le petit village de Gabbro qui donne le nom à ce projet collectif (et dont le nom de la roche en question est tiré). Traversant le Luxembourg, la France et la Suisse et se laissant imprégné par les paysages traversés, au retour de cette excursion, le duo se retrouve ensuite dans les Vosges où les rejoint le guitariste Raphael Vanoli pour y enregistrer une programme entièrement improvisé nourri de ces différents mouvements.

Se laissant guidés par leur intuition, ils produisent une musique où la matière à son importance. Des textures, générées par des machines, posent des atmosphères étales sur lesquelles se placent les musiciens. Pas de dérive lénifiante pour autant dans leur propos, la batterie notamment sait toujours trouver la meilleure façon de construire un rythme désaxé qui crée immédiatement des mouvements étranges et mobilisateurs. Le guitariste, avec une discrétion qui lui fait se fondre dans ces paysages mouvants, se fait alors son complément, jouant au plus proche tout en ajoutant un grain qui déréalise l’électricité pour apporter de douces couleurs métalliques. Se place dessus un saxophone chaud ou une clarinette enveloppante qui furètent toute deux sans se perdre ; il semble plutôt que Backer accède vite aux moyens de raconter une histoire qui si elle n’a ni début ni fin, trouve sa juste pertinence le temps de son expression.

par Nicolas Dourlhès // Publié le 3 mai 2026
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