Chronique

Get the Blessing

Bugs in Amber

Jim Barr (b, g), Clive Deamer (dm), Pete Judge (tp, flh), Jake MacMurchie (saxes)

Label / Distribution : Cake

C’est par-dessus tout la présence de Jim Barr et Clive Deamer, la rythmique de Portishead [1], un des groupes pop les plus intéressants de ces vingt dernières années, qui attire l’attention sur Get the Blessing. Ce quartet anglais né à Bristol et qui se définit comme la synthèse saugrenue du punk et du jazz [2], mérite pourtant d’être écouté sans référence obligée au groupe de Beth Gibbons et son succès international.

La rythmique d’un tel groupe se piquant de « faire du jazz », il en résultait pourtant un mélange entre inquiétude et enthousiasme. Enthousiasme de voir ce qu’allait donner l’immersion de ces élégants musiciens de pop dans un autre univers dont on sait pourtant qu’il leur est familier ; inquiétude aussi, car ils ne sont pas rares, surtout dans cette musique injustement appelée « trip-hop » [3], à avoir voulu « jouer au jazzmen ». Il en ressort en général une atmosphère factice et compassée, jouant avec tous les fantasmes du club de jazz et flirtant avec ce que le genre véhicule de gros clichés cuistres, du coup de balai à la trompette mal embouchée. Ces incartades, heureusement restées sans suite, ont aussi mal vieilli que leurs auteurs, et encombrent désormais les solderies.

Get the Blessing n’est heureusement pas du nombre. A la posture, les musiciens préfèrent jouer sans complexe une musique qui doit autant à la pop bruitiste tendance surenchère qu’aux échos improbables d’un Ornette Coleman élevé à la Northern Soul sur les rives industrieuses de la Mersey. Accompagné du trompettiste Pete Judge et du saxophoniste Jake MacMurchie [4], la paire rythmique fait parler la puissance et ne renonce pas pour autant au binaire solide qui les met en confiance.

Bugs in Amber, c’est du jazz de malappris, du vrai. Dès « Music Style Product » qui ouvre l’album dans une sorte de déboulé digne d’un film de Tarantino, le quartet expose une musique rugueuse et nerveuse. Sur « Einstein Action Figure » ou « Bugs in Amber », les ostinati de baryton de MacMurchie, métalliques et incisifs, confèrent à l’album une énergie puisée dans le rock. La musique de Get the Blessing est taillée pour les samedis soirs dans les pubs, concoctée dans l’arrière-cuisine un peu graillonneuse d’un fish & chips de quartier populaire, avec cette pointe d’arrogance qui la rend si attachante... Anglaise, en un mot.

par Franpi Barriaux // Publié le 6 septembre 2010

[1Qui sont d’ailleurs plus « associés » à Portishead que membres du groupe à proprement parler...

[2Au sens le plus bassement marketing qui soit ; il convient donc d’en faire soigneusement abstraction !

[3Le trip-hop, né de l’imagination d’un chroniqueur rock anglais, est cette gigantesque auberge « bristolienne » où a été fourré pour des raisons relevant du marketing tout ce que les années 90 ont compté de ponts jetés entre la musique électronique, la comète acid-jazz, la pop, le hip-hop et toutes sortes d’influences. L’absence de cohérence artistique du terme a conduit à créer un fourre-tout qui va de Björk à la musique-en-boîte destinée à la promotion des marques d’automobiles ou de parfums coûteux. Comme toutes les étiquettes, elle se remarque avant tout par son intense vacuité.

[4Qui sont eux même musiciens réguliers du groupe pop « Super Furry Animals »