Chronique

Greene / Smith / Moses

Life’s Intense Mystery

Burton Greene (p), Damon Smith (b), Ra Kalam Bob Moses (dms)

Label / Distribution : Balance Point Acoustic

S’il était question de trio égalitaire, de triangle tellement isocèle qu’il en deviendrait à lui seul particulier, Life’s Intense Mystery en serait l’un des plus éclatants sujets d’étude. Il n’y a pas de personnalité qui se détache ici. Plutôt trois individualités qui cèdent tout de leur histoire et de leurs collaborations passées pour réinventer un ensemble. Et même un jouer-ensemble, tant la cohésion entre les parties est forte aux moments cruciaux de ce premier album. On pense notamment au bien nommé « Perc-Waves », avec ses assauts successifs dont on ne parvient pas à déterminer clairement la provenance, a fortiori lorsque tout s’accumule.

Les forces en présence n’y sont pas pour rien : le piano de Burton Greene se plaît dans les basses, et même au-delà, avec une puissance qui n’a d’égale que sa légèreté, voire sa bonhomie (« Anything That Ain’t Yes, Get Rid of It ! »). La contrebasse de Damon Smith chante tout en gardant une aisance rythmique sans pareille. Quant à Ra Kalam Bob Moses, sa batterie volubile et inventive est un liant à toute épreuve. Le sentiment qui prédomine est celui d’une longue suite faite de petites clairières en sortie de tunnel ; ce n’est pourtant pas à proprement parler un train d’enfer, mais une agitation permanente, intranquille. Le titre revient alors en boomerang, la musique jouée ici par un trio solide de musiciens free revenus au noyau même de leur musique, c’est le miracle turbulent de la vie. La division cellulaire, les bousculades d’atomes et le feu haletant de la respiration et des battements du cœur…

Quoi de mieux que « Kid Play » pour l’illustrer ? Les baguenaudes du piano paraissent légères, s’amusent, rigolent, débordent, mais en réalité elle ne font que courir, de détour en détour après la basse volontaire de Smith, élève de Joëlle Léandre et John Hébert et qui donne ici la réplique à deux vétérans qui ont joué avec Alan Silva ou Roland Kirk. Ce qui est plaisant ici, hormis la vigueur et la simplicité, réside dans la sensation d’un produit en constante remise en cause, où le sang et la vie palpitent et qui ne se résout pas aux habitudes. Rafraîchissant.

par Franpi Barriaux // Publié le 29 septembre 2019
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