Scènes

Groove Catchers au Manu Jazz Club (Nancy)

La petite salle de la Fabrique a vibré au jazz sans complexe des trois musiciens de Groove Catchers. Leur invité adepte du beatbox a illuminé la deuxième partie du concert de sa présence charismatique.


Pour sa première incursion dans la petite salle de La Fabrique, le Manu Jazz Club accueille Groove Catchers, un trio augmenté pour l’occasion d’un clarinettiste expert en beatbox. La jeunesse et la fougue de ces jeunes musiciens ont assuré la réussite d’une soirée dont la programmation était à l’origine tout autre.

20 mars 2014. Les responsables du Manu Jazz Club nous avaient promis les Américains de Kneebody emmenés par le saxophoniste Ben Wendel, avec leur cocktail de jazz, de rock et de hip-hop. Le dernier album du groupe, The Line, est un bon exemple de l’inventivité d’un quintet qui sait faire tomber les barricades et s’aventurer vers des territoires qui restent pour beaucoup à défricher. Puis, un peu désappointé, on apprend que leur concert lorrain n’aura pas lieu et qu’un trio de jeunes Français baptisé Groove Catchers [1] prendra leur place pour le cinquième rendez-vous de la saison.


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Bastien Weeger © Jacky Joannès

Qu’importe : la petite salle de La Fabrique, qui jouxte la grande scène du Théâtre de la Manufacture, se remplit vite et le public va s’apercevoir qu’il n’a pas affaire à des substituts de second rang. Bastien Weeger (saxophones ténor et alto), Antoine Guillemette (basse électrique) et Johann Barrer (batterie) ont commencé, voici quelques années, du côté de Tours, à élaborer une formule qui leur est propre avant d’accumuler différentes distinctions, en étant par exemple lauréats du Tremplin Jazz de la Défense en 2011. Poussé par l’énergie d’une rythmique dont la puissance serait plutôt celle d’un groupe de rock, leur jazz associe avec beaucoup de conviction des constructions complexes et des séquences improvisées où s’épanouit la complicité de musiciens qui aiment souligner qu’ils sont aussi de vrais copains, et qui font passer le premier set – conclu par une reprise très réjouissante du « Crosstown Traffic » de Jimi Hendrix – à la vitesse de l’éclair.

On ne s’est pas ennuyé une seule seconde, et le trio apparaît à son tour comme une promesse. Et quand tous trois sont rejoints en seconde partie par Julien Stella, on devine que la température va vite monter. Stella, qui a obtenu en 2011 le titre de champion de France de Human Beatbox avec son duo Box Office, joue aussi de la clarinette basse, instrument à vent en lui-même très percussif. Il ne tarde pas à élever la prestation vers une nouvelle dimension, qui présage un disque tout juste enregistré. Véritable machine à rythme et homme de scène – qu’il occupe avec charisme – il sait aussi associer ses couleurs à celle du saxophone de Bastien Weeger ; ce quatuor décomplexé en vient même à détourner avec beaucoup d’imagination « Caravan » pour créer un objet musical à la fois singulier et imprévisible. Il nous rappelle alors que l’histoire commune de ses musiciens passe aussi par la case jazz, qu’ils ont étudié avec beaucoup d’attention. Groove Catchers nous a fait oublier ceux dont il était le remplaçant d’un soir. On en reparlera.

par Denis Desassis // Publié le 31 mars 2014

[1Leur premier EP, 1er Round, est disponible gratuitement en téléchargement sur le site.