Chronique

Grzegorz Karnas trio feat. Miklós Lukács

Audio Beads

Grzegorz Karnas (voc), Adam Oleś (cello), Miklós Lukács (cymb), Michał Miśkiewickz (dms)

Label / Distribution : BMC Records UVM Distribution

Présent sur la scène polonaise depuis près d’une décennie, le chanteur Grzegorz Karnas a travaillé avec nombre de ses compatriotes, à commencer par un de ses piliers, le saxophoniste Tomasz Szukalski (le remarquable Dreams of A Ninth Floor, 2004). Plus récemment, on l’avait entendu en compagnie de la jeune garde polonaise, notamment le violoncelliste Adam Oleś sur le justement nommé Karnas, qui présentait des miniatures où sa voix claire, placée dans les aigus, jouait de sa grande plasticité.

C’est sur le label hongrois Budapest Music Center que l’on retrouve Karnas en trio augmenté, avec Audio Beads, exercice tout à fait différent enregistré live à Budapest en 2011. A la voix et au violoncelle du fidèle Oleś s’ajoute la batterie très coloriste de Michał Miśkiewickz. On note surtout la présence au cymbalum de Miklós Lukács, invité permanent qui apporte à l’ensemble une sonorité très particulière dont se joue avec malice le scat désarticulé du chanteur. Lukács n’est pas seulement là pour la touche hongroise, mais aussi pour apporter une voix prépondérante à cette atmosphère très particulière. Nous avons souvent eu l’occasion de louer la grande musicalité de cet artiste. Il apparaît ici sous sa facette la plus mélodique, son instrument jouant de sa polyvalence, proche à la fois de la cithare et du piano (« Sny », que Karnas avait déjà enregistré avec Szukalski).

Audio Beads se laisse le temps et joue sur la longueur, quand ce n’est pas sur la langueur. Les « gouttes sonores » de Grzegorz Karnas se limitent parfois à un simple éclat de gorge (« Jasnowidz »), mais elles s’instillent partout, jusqu’au cœur de l’instrumentation inédite de l’orchestre. Loin de se perdre dans l’immensité variée d’un océan onirique, le chanteur y infuse une atmosphère éthérée, rêveuse, qui fait souvent songer à Gábor Winand ; la parenté ne réside pas seulement le timbre mais aussi dans sa faculté de colorer l’atmosphère d’un chant décharné qui fait songer à la nostalgie doucereuse d’Opera Budapest. Un de ces chants caressants qui peuvent, d’un ressaut, devenir un cri. Ainsi, sur le magnifique « Dwie Wieźe » qui, en plus de douze minutes, se laisse le temps d’aller au plus profond de son thème, les cordes pincées ou caressées des deux instruments à cordes jouent-elle avec la voix dont le timbre est si proche, guidées par le jeu délicat du batteur. Sauf sur le « Black Crow » central emprunté à Joni Mitchell, Karnas chante en polonais, mais cela ne revêt aucune importance, sauf à rajouter de l’étrangeté. Audio Beads est un songe de velours dans lequel on plonge avec beaucoup d’enthousiasme.