Scènes

Guinga et Gabriele Mirabassi en concert

Le Brésil, entre tradition et modernité


Le guitariste, qui joue assis, a gardé son manteau, comme s’il allait partir d’un instant à l’autre. Le clarinettiste a également conservé sa veste, et porte en outre une écharpe… Il ne fait pourtant pas froid ce soir-là à l’Institut culturel italien, et ces tenues vestimentaires contrastent étrangement avec la chaleur de la musique jouée…

Le duo est donc formé du Brésilien Guinga à la guitare et de l’Italien Gabriele Mirabassi à la clarinette, venus faire l’ouverture d’une tournée européenne avant la sortie - en juillet prochain - de leur disque Graffiando Vento enregistré chez Egea.


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Guinga
par Arnaud Stefani

Guinga est un des compositeurs majeurs du Brésil actuel ; son style est évidemment très brésilien, mais souvent teinté d’influences classiques. Pas de compromis chez cet homme-là, et son approche musicale est tellement dénuée de toute considération commerciale qu’il mène de front deux professions pour subsister : guitariste d’une part, et… dentiste de l’autre !

De son côté, après avoir pratiqué la musique contemporaine (avec notamment John Cage), Gabriele Mirabassi se consacre au jazz dès les années 90 en travaillant avec Enrico Rava, Richard Galliano, Enrico Pieranunzi, Rabih Abou-Khalil et d’autres.

La rencontre de ces deux grands personnages permet l’émergence d’une interprétation à la sensibilité hors du commun ; la plupart des morceaux interprétés sont des compositions de Guinga, que le guitariste entame généralement en solo, dans un style légèrement powellien. Si son jeu - qui mêle habilement mélodie et harmonie - évoque en effet Baden Powell, Guinga ne reproduit pas du tout le son sec et si aisément reconnaissable du maître carioca, optant pour une texture plus douce et ronde.


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Gabriele Mirabassi
par Arnaud Stefani

Après ces ouvertures à la guitare, Gabriele Mirabassi surgit pour exposer le thème avec une finesse extrême : les notes tenues en douceur jusqu’à la limite du souffle, dans les ballades, côtoient les triolets virevoltants dans les morceaux rythmés comme des sambas endiablées. Mirabassi apporte également la touche d’improvisation indispensable à l’émancipation de la musique très écrite de Guinga. La complémentarité des deux hommes se traduit également sur scène, de façon assez comique : Guinga, assez timide, très concentré, ne quitte pas le manche de la guitare des yeux, tandis que Mirabassi se lève, ondule comme s’il était à la fois le charmeur et le serpent, les yeux clos et la tête bringuebalante.

Une fois de plus, la conclusion s’impose : lorsqu’il s’agit de tirer le meilleur de deux personnalités musicales prononcées, la formule du duo est idéale : suffisamment d’espace pour que chacun puisse s’exprimer sans contrainte, suffisamment de liberté pour pouvoir de temps à autre s’affranchir des structures.