Happy Collapse, champêtre en Scie
Edward Perraud et Elise Caron en visite dans le pays de Caux.
Edward Perraud © Franpi Barriaux
Il faisait frais dans cette grande grange de Longueville-sur-Scie, entre Dieppe et Yvetot, reconvertie pour accueillir concerts, spectacles et expositions, poumon culturel indispensable pour les bourgs ruraux des vallées normandes. Cette fraîcheur de printemps a vite été combattue par la visite d’un duo complice connu pour sa capacité à amuser et à charmer. Organisé par l’association rouennaise Home Factory, le concert d’Élise Caron et d’Edward Perraud, nommé par leur dernier album en date, Happy Collapse, ce concert faisait suite à un épisode rouennais la veille qui n’avait sans doute pas le charme de cette escapade parmi les pommiers en fleurs.
Il y a d’abord avec Élise Caron et Edward Perraud la joie de retrouver de vieux amis. Dans un environnement sonore idéal (cette grange pourrait servir de lieu d’enregistrement live), une heure d’improvisation totale qui permet à ces artistes de s’exprimer librement est déjà en tant que tel un privilège. Chacun retrouve vite ses propres habitudes, souvent très théâtrales : Edward Perraud cherche le son idoine, fouette l’air de ses balais comme pour dessiner une rythmique impalpable, caresse des bols ou les envoie valser, teste le coefficient de rebond de ses mailloches… Et entame le dialogue avec Élise Caron et ses milliers de babils et de langues aux accents incongrus mais parfaitement localisables, ses envolées lyriques et ses souffles poétiques. S’il existe une magie, elle en est à la fois le grimoire et la magicienne.

- Happy Collapse © Franpi Barriaux
On peut avoir vu autant de fois qu’il est possible ces deux musiciens ensemble, complices, joyeux, se jouant d’eux-mêmes et de l’autre et toujours être surpris. Charmé. Dans l’environnement rural du Cellier de Longueville, les oiseaux affairés aux nids s’invitent en piaillant leur chanson de piafs ; il n’en faut pas davantage pour qu’Élise se lance dans une harangue et un dialogue poétique. Puis pour qu’Edward Perraud, qui n’en attendait pas moins, suive le mouvement par des trouvailles de percussions. Entre ces deux musiciens, ça joue vraiment dans toutes les acceptions du mot ; des fois, un blues qu’on imagine cockney vient bousculer une improbable boucle inspirée de Pink Floyd. Souvent apparaît ce personnage hâbleur qu’affectionne la chanteuse et qui peut se faire chasser par une bulle lyrique soudaine. Élise Caron est trop rare, et la voir est un bonheur. On est enthousiaste à l’idée d’un troisième album annoncé de ce duo… Reste désormais à l’attendre.
