Chronique

Henri Texier

Dakota Mab – Live At Theater Gütersloh

Henri Texier (b), Sébastien Texier (cl, as), François Corneloup (bs), Louis Moutin (dms).

Label / Distribution : Intuition/DistArt

Une nouvelle pièce à verser au dossier discographique d’Henri Texier, mais cette fois il s’agit d’un disque live d’une nature assez particulière, qui met en scène le Hope Quartet enregistré le 22 novembre 2015 en Allemagne. Nulle trace de Label Bleu, auquel le contrebassiste est fidèle depuis plus de 30 ans, car ce disque publié chez Intuition est en réalité le fruit d’une initiative émanant d’un magazine de jazz allemand, Jazzthing. Depuis son centième numéro en 2013, on peut en effet y lire à intervalles réguliers des articles sur le thème des « Légendes du jazz européen ». Et pour que cette distinction honorifique soit plus complète, un concert est organisé au Théâtre de Gütersloh, en Rhénanie-du-Nord-Westphalie. Ce dernier inclut en guise de conclusion une interview sur scène par le journaliste Götz Butler et fait l’objet d’une diffusion radio sur WDR 3, avant sa parution en CD. Plus tard, les instigateurs de ce projet envisagent la publication d’un livre qui comprendra une version augmentée des articles du magazine. Quand on aime le jazz Outre-Rhin, il semble bien qu’on ne compte pas.

L’intérêt de cet enregistrement est double, voire triple. Outre qu’il permet d’écouter Henri Texier avec à ses côtés François Corneloup, Sébastien Texier et Louis Moutin dans une période très troublée pour les Français (nous sommes neuf jours après les attentats sanglants de Paris) et donc poussés par une énergie peu commune, il est l’occasion de découvrir le Hope Quartet [1] interprétant une grande partie du répertoire qui sera quelque temps plus tard celui de Sky Dancers, disque publié en sextet celui-là (avec Armel Dupas au piano et Nguyên Lê à la guitare) au début de l’année 2016. Soit des interprétations aux textures sonores moins amples en raison des absents très décisifs sur le disque : il s’agit là d’une musique à l’os, plus dépouillée, faisant la part belle au solos et à l’interplay. Les Indiens chers à Henri Texier sont tous au rendez-vous : « Hopi », « Mic Mac », « Dakota Mab », « Navajo Dream » et « Comanche ». Pour le reste, cette prestation chez nos voisins germains s’ouvre et se ferme avec deux compositions plus anciennes : « Ô Elvin » et « Sueño Canto », la première tirée de l’album Alerte à l’eau (2007), la seconde de Canto Negro (2011).

Et puis, pourquoi le nier, on s’amuse aussi en écoutant l’interview, et pas seulement en raison de l’accent anglais d’Henri Texier. C’est l’occasion pour lui d’évoquer l’histoire de son bonnet d’origine religieuse alors qu’il est athée, ou d’expliquer qu’après tout, le jazz est certainement français en ce qu’il se nourrit de liberté, d’égalité et de fraternité. Et sur un ton humoristique, de justifier la présence de son fils à ses côtés parce que tel est le souhait de la maman du saxophoniste. Un peu de légèreté dans ce monde de brutes…

Les fidèles d’Henri Texier se jetteront sur ce disque qui viendra compléter leur collection déjà bien étoffée. Les amoureux du jazz dans ce qu’il a de plus libre et solidaire ne pourront qu’être séduits, une fois encore, par le chant et le blues qui habitent Henri Texier plus que jamais et ont fini par faire de lui, bien qu’il s’en défende, une… légende du jazz européen.

par Denis Desassis // Publié le 26 juin 2016

[1Une formation qu’on avait pu découvrir sur le disque Live At l’Improviste en 2013.