Scènes

Hervé Samb/Linley Marthe/Chander Sardjoe

Un « power » trio très énergique et polyrythmique


C’est dans le cadre de la saison au Jazz Club d’Auxerre que se produisait à la fin du mois de mars 2008 la rencontre inédite entre Hervé Samb (guitare), Linley Marthe (basse et clavier) et Chander Sardjoe (batterie). L’occasion était donnée à l’équipe d’accueillir pour la première fois ce guitariste d’origine sénégalaise installé en France depuis dix ans, en remplacement du projet franco-tunisien « Last Nignt In Tunisia », malheureusement indisponible.


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Hervé Samb © P. Audoux/Vues sur Scènes

Guitariste surdoué, Hervé Samb s’imprègne des rythmes sénégalais, de la musique noire américaine (il est très influencé par David Murray, et Jacques Schwarz-Bart ou Meshell Ndegeocello ont déjà fait appel à lui), du blues (ses collaborations avec Lucky Peterson s’en ressentent), mais aussi du mouvement « M-Base » de Steve Coleman. Pratiquant avec aise un jeu polyrythmique soutenu, il suit les traces de David Gilmour ou Pierre Van Dormael, son maître spirituel, qui détermina sa rencontre décisive avec le jazz. La polyvalence de son ouverture artistique est impressionnante ; il s’efforce de tisser, au gré de ses compositions, un lien privilégié entre l’Afrique et l’Amérique noire. Le rock (voire le hard rock par moments de furie absolue) n’est pas loin. Samb ne cesse d’explorer dans ses chorus les richesses des diverses musiques qui l’ont bercé dès son plus jeune âge. La guitare organise l’espace sonore selon à son jeu très africain rendu possible par les harmonies très cadrées, les accords répétés et enrichis, le tout sur une rythmique qui en impose par sa force et sa vitesse côté cordes frottées.

Car on ne pouvait pas rêver mieux que le bassiste Linley Marthe au côté due batteur Chander Sardjoe en accompagnateurs superlatifs de Samb. Ces musiciens de renommée mondiale sont à présent des habitués du Jazz Club d’Auxerre ! On ne dénombre plus leurs passages : le trio Bzzz Puk et le quintet Tribu de Geoffroy De Masure, le duo Bad Boys de Linley Marthe, le groupe franco-belge Octurn… Bref autant d’occasions de convaincre un public conquis par leur très haute technicité.

Pas de leader apparent ; les compositions sont pour chacun le moyen d’échanger des propos métissés comme bon lui semble. Sardjoe chante des lignes mélodiques pendant que la pulsation défile à grande vitesse. Marthe s’efforce de suivre le fil de ses idées entre sa main gauche à la basse électrique, sa main droite au clavier et parfois sa voix pour reprendre les magnifiques thèmes sous forme de refrain. Son jeu très pointilleux de cordes frappées et ses lignes de basse doublées par le son fusionnel de son clavier appellent à l’évasion.


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Linley Marthe © P. Audoux/Vues sur Scènes

Le jeu théâtral de Chander Sardjoe est indissociable du son profond de sa batterie à la résonance intense et unique, proche du batteur belge Stéphane Galland (Aka Moon). Sa rythmique inépuisable se présente comme un cadre indépassable, le tout structuré par les résonances multiples et chantantes de ses différents fûts.

Même si ces trois-là étaient rassemblés en trio pour la première fois, leur énergie et leur expressivité repose sur une complicité humaine qu’ils ont apprise lors de nombreuses jam-sessions. L’occasion leur est enfin donnée de développer leur propre musique autour des références communes que sont les mélodies africaines et le phrasé jazz et polyrythmique de chacun, sans oublier le groove d’une rythmique énergique et un look soigné, très contrasté. A suivre de très près…