Tribune

In memoriam Freddie Hubbard

Freddie Hubbard est parti pour le paradis des jazzmen le 29 décembre 2008, des suites d’un infarctus survenu en novembre. Il avait 70 ans.


Freddie Hubbard était, quoi qu’on en dise, l’un des grands du jazz et non un simple petit maître. Après une carrière météorique dans les années 60-70, des problèmes de santé et de choix artistiques l’ont fait quelque peu oublier du public, mais son style a influencé de nombreux trompettistes contemporains.

Né en avril 1938 à Indianapolis, Freddie Hubbard a fait très tôt ses premières armes en jazz au sein d’un groupe fondé par Wes et Monk Montgomery, avant de créer sa propre formation avec le saxophoniste James Spaulding et le bassiste Larry Ridley.

Parti pour New York City à l’âge de 20 ans, il allait rapidement trouver des engagements auprès de grands noms du jazz comme Philly Joe Jones (1958-59, 1961), Sonny Rollins (1959), Slide Hampton (1959-60), J. J. Johnson (1960). En 1960-61, une tournée européenne avec Quincy Jones, puis il intégrait, en remplacement de Lee Morgan, les Jazz Messengers d’Art Blakey où il rencontra notamment Wayne Shorter.


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Freddie Hubbard, Dizzy Gillespie, Cologne, 12/08/1978 © Jos Knaepen/Vues sur Scènes

En tant que leader, il allait produire une discographie abondante : près de quarante albums en tant que leader - le premier en 1961, Open Sesame - parmi lesquels deux ou trois essentiels tels que Hub Tones (avec Reggie Workman, James Spaulding, Clifford Jarvis et Herbie Hancock) en 1962 ou Straight Life (avec Ron Carter, Joe Henderson, Jack DeJohnette, George Benson et toujours Hancock) en 1970.

Sideman très recherché, - on relève son nom sur plus de 300 albums ! - il participa à quelques-uns des albums historiques des années 60-70 : Free Jazz d’Ornette Coleman (1960), The Blues and The Abstract Truth d’Oliver Nelson (1961), Olé de Coltrane (1962), Speak No Evil de Wayne Shorter (1964), Out To Lunch ! d’Eric Dolphy (1964), Maiden Voyage de Herbie Hancock (1965)…

En dépit de ses collaborations aux premières oeuvres fondatrices du free jazz, Hubbard ne fut jamais un véritable adepte de la « New Thing ». Influencé à ses débuts par le grand aîné Miles Davis, il allait rapidement trouver son propre langage musical. Son style, marqué par une sonorité brillante et chaude - autant à la trompette qu’au bugle - et des improvisations très mélodiques et luxuriantes, voire exubérantes, est caractéristique du hard bop. On y trouve à la fois l’héritage du be-bop (approche modale, virtuosité, plasticité instrumentale) et une recherche d’expressivité qui fait appel à toutes les ressources de la musique afro-américaine.

Les années 1970 allaient voir Freddie Hubbard s’orienter vers une musique beaucoup plus commerciale qui lui valut de sévères critiques, mais au sein du quintet VSOP de Herbie Hancock, au début des années 1980, il prouva qu’il avait plus que de beaux restes.

Très affecté par une blessure à la lèvre en 1992, aggravée par une intervention chirurgicale désastreuse, Hubbard traverse une période extrêmement difficile sur le plan personnel. Il tente à plusieurs reprises des retours sur scène - notamment à Jazz à Vienne en 2000, avec le New Jazz Composers Octet - sans jamais retrouver sa technique.

Freddie Hubbard est décédé le 29 décembre 2008 à Los Angeles, où il était hospitalisé depuis plus d’un mois à la suite d’un infarctus.