Chronique

Ingrid Laubrock Octet

Zürich Concert

Ingrid Laubrock (ss, ts), Mary Halvorson (g), Tom Arthurs (tp), Ted Reichman (acc), Liam Noble (p), Ben Davis (cello), Drew Gress (b), Tom Rainey (dm, xyl)

Label / Distribution : Intakt/Orkhestra

« Glasses », qui inaugure cet enregistrement, fait entendre en effet des sons de ce que l’on nomme en allemand « glassharmonica », et en français armonica de verre (sans « h », s’il vous plaît), un instrument que l’on doit à Benjamin Franklin et pour lequel Mozart écrivit des pièces inspirées. Ici, c’est Ted Reichman, et probablement Mary Halvorson, qui en reconstituent la sonorité. « Novemberdoodle » enchaîne dans un esprit voisin, comme si l’idée de verre s’associait à celle de la glace - non la vitre mais l’eau gelée. C’est sur ces sonorités d’hiver, un peu froides, que débute le concert, et l’émergence en sera d’autant moins immédiate que Tom Rainey apporte à ces croquis d’hiver des commentaires percussifs assez funèbres.

Avec « Chant », que Mary Halvorson égrène longuement et superbement en solo, on entre dans un monde à peine plus chaud, mais où des bribes d’énergie parviennent à s’immiscer, appuyées sur des unissons entre les saxophones et le violoncelle. « Matrix » débute par un très beau travail aux balais de Rainey, prolongé par quelques éclats en volutes d’Ingrid Laubrock. Un dialogue s’instaure avec Tom Arthurs, trompettiste encore mal connu chez nous, mais la tonalité générale reste retenue, suspendue, en attente d’une avancée qui ne viendra peut-être pas. « Nightbus » démarre par quelques notes de piano (Liam Noble, encore un quasi-inconnu) et prolonge ce qui apparaît alors comme la tonalité constante de cette « suite » (en partie improvisée, sans doute), et qui se situe du côté très peu ensoleillé de la rue… Vers le milieu de cette pièce, Tom Rainey parvient à embarquer un peu les choses du côté de l’affirmation, ce qui induit un final quelque peu énergique si ce n’est enjoué. « Der Zauberberg » (La montagne magique) finit par donner une clé « littéraire » à cette très belle suite, marquée par le froid, la chute et parfois la prostration.