Chronique

István Grencsó Open Collective

Marginal Music

István Grencsó (ts, bcl, fl), Rudi Mahall (cl), Máté Pozsár (p), Ernö Hock (b), Róbert Benkö (b)

Label / Distribution : BMC Records UVM Distribution

Pour son treizième album avec le Kollectiva, devenu depuis quelques années l’Open Collective à mesure que le personnel de l’orchestre variait en taille et en nombre, le saxophoniste István Grencsó renoue avec son goût pour les rencontres. Après les disques explosifs avec son confrère altiste Lewis Jordan qui permettait de se laisser aller à ses penchants colemaniens, le musicien hongrois revient sur le territoire européen. En compagnie de sa colonne vertébrale rythmique ici composé du batteur Szilveszter Miklós et de ses deux contrebassistes Ernö Hock et Róbert Benkö - il inverse parfois la formule avec deux percussionnistes et une contrebasse -, Grencsó invite le clarinettiste allemand Rudi Mahall, avec qui il avait déjà enregistré Eleven Spontaneous Pieces, sur le confidentiel label Hunnia en 2014.

Compagnon régulier d’Aki Takase et Alex Von Slippenbach, la personnalité de Mahall diffère absolument de celle de Jordan. On retrouve sur « Harmathullás » la quête d’apaisement que l’Open Collective opérait sur le récent Sikvidek. Le ton est plus contemplatif. Le piano de Máté Pozsár, jeune arrivé dans l’orchestre, alterne un jeu pointilliste et une lame supplémentaire apportée à la masse rythmique. C’est peut-être de là que vient la notion de Marginal Music, un propos qui revient des limbes, cornaqué par la main gauche massive du pianiste et une clarinette basse légèrement traînante, pour filer vers la lumière de « A Margón túrtól ». Le jeu de timbres délicat qui se joue entre Mahall et Grencsó, n’est pas une opposition frontale propice aux bourrasques. C’est une construction méticuleuse qui témoigne d’un tribut commun des soufflants à la musique savante européenne, ici omniprésente.

La plupart des morceaux, signés par le leader, sont d’ailleurs très écrits, ce qui n’oblitère pas l’énergie qui anime le bien nommé « Kollektiv szántás », ni même les rares et courtes pièces improvisées. Mais si, avec Jordan, les contrebasses élargissaient l’espace qui sépare les musiciens à force de pizzicati féroces en s’attribuant chacun un canal, sur Rétegzene le sextet joue sur la densité. Sur le coltranien « John emlékkönyvebe », les échanges incessants des cordes claquées avec l’archet puissant, soutenu par une batterie attentive, donnent à l’Open Collective un ton très recueilli. Il y a un véritable point d’équilibre entre les multianchistes. C’est autour de cet axe que se construit ce disque délicieux.