Chronique

Izumi Kimura & Gerry Hemingway

How The Dust Falls

Izumi Kimura (p), Gerry Hemingway (d)

Label / Distribution : Auricle Records

Compagne de route du batteur Gerry Hemingway, Izumi Kimura est une pianiste désormais très reconnue qui évolue aux confins des musiques improvisées et contemporaines avec un sens du geste exacerbé. Capable de phrases tonitruantes et de frappes sèches sur son clavier pour mieux rompre le silence, la Nipponne installée en Irlande depuis de nombreuses années [1] a toutes les qualités pour se mesurer à l’Américain établi à Lucerne. Dans « Corners », son jeu est mutin : quelques caresses insistantes main droite, dont l’épure se perd dans le silence d’une batterie intense et coloriste, le temps d’une poignée de secondes. Les morceaux sont souvent courts sur How The Dust Falls ; c’est pour souligner l’impermanence d’une musique improvisée et souvent instinctive, comme cette poussière qui volette au gré des courants d’air et des rayonnements.

Aucune surenchère dans ce disque, le second du duo après Kaïros en 2023, et le quatrième avec Hemingway si on ajoute les deux trios où se joignait Barry Guy, souvent sur le label de la Fundacja Słuchaj. Ici, c’est sur le label du batteur, Auricle, qu’a lieu cet échange. Il est parfois chaleureux et enlevé, à la manière de « Entrainments 1 » qui fonctionne comme une mécanique martelante où le piano, rendu mat, agit comme une percussion à clavier que la batterie cherche à rendre folle. Ce disque célèbre un calme toujours prêt à craquer, et qui se contient notamment par le recours progressif aux entrailles préparées du piano. L’enregistrement, masterisé par Benoît Delbecq, est d’ailleurs très remarqué, qui laisse beaucoup de place aux détails à l’instar de « Stillness », un des morceaux les plus envoûtants, où les cymbales sont comme un souffle qui se nourrit du silence.

Mais c’est avec « Waterspear » que le duo nous emporte. Le morceau est plus long, lent et inexorable, pour nous conduire dans un environnement où le moindre détail a une importance cruciale, et annonce toutes les combinaisons à venir, que ce soit le recours de Gerry Hemingway à des marimbas (« Perimeter »), ou son envie de chanter qui donne à l’album quelques secondes séraphiques. Disque libre et sans contraintes, How The Dust Falls est un nouveau chapitre d’une collaboration fructueuse.

par Franpi Barriaux // Publié le 7 septembre 2025
P.-S. :

[1On s’intéressera notamment à son étude croisée des folklores japonais et irlandais dans un très beau Asymmetry sorti il y a 15 ans, NDLR.