Le jazz a sa tribune depuis 2001

Edition du 20 juillet 2026 // Citizenjazz.com / ISSN 2102-5487

Les dépêches

Jazz Em Agosto

La 42e rugissante pour le festival portugais

Du 31 juillet au 9 août 2026
Cette 42e édition réaffirme son identité : présenter l’état créatif et original actuel du jazz, une musique qui ne cesse d’évoluer.
Les caractéristiques des espaces de spectacle déterminent la nature des concerts : ceux de l’Auditorium sont les plus expérimentaux ; ceux de l’Amphithéâtre en plein air s’adressent à un public plus large ; tandis que le concert unique du Grand Auditorium – celui d’ouverture – est une performance de piano solo d’une figure historique d’innovation du jazz, Joachim Kühn, aujourd’hui âgé de 82 ans, mais toujours énergique et surprenant dans le style qui le définit. L’intérêt d’écouter ce musicien aujourd’hui, au sommet de sa contribution au jazz, vient de la rareté de ses concerts solo, de son propre choix.

Le premier week-end, plusieurs orientations esthétiques sont présentées : l’après-midi, un duo portugais de Lisbonne – David Maranha à l’orgue électrique et Rodrigo Amado au saxophone ténor – proposant un discours continu et captivant dans sa dimension spirituelle. Le soir, depuis New York, un excellent quatuor collaboratif nommé Canyon, avec la pianiste Sylvie Courvoisier, le violoncelliste Lester St. Louis, le contrebassiste Joe Morris et le batteur Jerome Deupree, l’un des membres fondateurs du célèbre groupe de rock des années 1990 Morphine ; leur musique est une construction minutieuse fondée sur l’empathie, la créativité et l’originalité.

Le dimanche, encore dans l’après-midi, une rare combinaison de voix et de contrebasse : Fred Moten, professeur d’université, intellectuel et écrivain, lit des textes sélectionnés, accompagné de Brandon Lopez, l’un des contrebassistes les plus importants d’aujourd’hui. Le soir, un autre quatuor new-yorkais – Shardik – dans une veine complètement opposée, une partie de la famille réunie par le saxophoniste John Zorn sous son label Tzadik ; Shardik adopte une posture à laquelle Zorn nous a habitués, avec une forte composante militante, s’adressant à la fois à un public de metal rock et aux fans de John Zorn, explorant des effets spectaculaires au sein de leur comédie musicale.

En semaine, du lundi au vendredi, la diversité esthétique du festival se poursuit avec le grand ensemble Lisbonne Underground Music Ensemble (LUME), une figure majeure du jazz portugais, dirigé par le pianiste et compositeur Marco Barroso, qui présentera un nouveau répertoire, certainement dans le registre festif qu’on lui connaît. Mardi, ils sont suivis par un quatuor français, Bonbon Flamme, qui comprend le guitariste portugais Luís Lopes, développant une interaction apparemment chaotique mais maîtrisée. Mercredi, le groupe paneuropéen The Sleep Of Reason Produces Monsters (TSORPM), avec le trompettiste italien Gabriele Mitelli, la saxophoniste danoise Mette Rasmussen, la turntabliste britannique Mariam Rezaei et le batteur autrichien Lucas König, poursuit l’improvisation libre dans laquelle la manipulation électronique joue un rôle important. Jeudi, l’une des saxophonistes et compositrices les plus reconnues d’aujourd’hui, la Canadienne Anna Webber, basée à New York, présente son projet Shimmer Wince sous forme de quintette, avec Adam O’Farrill à la trompette, Mariel Roberts au violoncelle, Elias Stemeseder au synthétiseur et Lesley Mok à la batterie – des collaboratrices idéales dans l’un des projets les plus originaux du jazz contemporain au sein de sa tradition plus large. Vendredi, le projet le plus récent du batteur et vibraphoniste américain Ches Smith – Clone Row – réunissant deux guitaristes acclamées, Mary Halvorson et Liberty Ellman, ainsi que le contrebassiste Nick Dunston, présente à nouveau un répertoire de compositions originales et conceptuelles dans une ligne esthétique musclée, riche en pièces captivantes.

Le deuxième et dernier week-end, Jazz em Agosto propose quatre concerts. Samedi après-midi, le pianiste anglais Pat Thomas interprète un solo sensoriel né de son exploration unique de l’instrument. Le soir, le nouveau projet du batteur américain Tomas Fujiwara – Dream Up – se concentre sur la dynamique créative des percussions, avec Kaoru Watanabe aux tambours taiko et flûtes japonaises, Ches Smith au vibraphone et Kweku Sumbry aux percussions, offrant un panorama percussif vibrant et mondial.

Le dernier jour du festival, un duo et un quintette montent sur scène, issus de deux épicentres mondiaux du jazz : Chicago et Los Angeles. Dans l’après-midi, le Chicago Underground Duo, composé du trompettiste Rob Mazurek et du batteur Chad Taylor, offrira un discours contagieux et très original avec de l’électronique et du multimédia. Ce soir-là, clôturant Jazz em Agosto 2026, un groupe révolutionnaire de Los Angeles au sein de la constellation électro-jazz – SML, dirigé par la bassiste électrique australienne Anna Butterss, basée à Los Angeles – dont le nom signifie Small-Medium-Large (Petite-Moyenne-Grande), franchit de manière décisive et claire une étape majeure dans l’une des directions esthétiques du jazz initiées et inventées il y a plus de 50 ans par Miles Davis.

En savoir plus