Scènes

Jazz Focus et hauts-fourneaux

Le festival luxembourgeois de Dudelange « Like A Jazz Machine » accueillait le programme de promotion Focus Jazz.


Comme depuis 12 ans, Like A Jazz Machine propose une programmation éclectique au public luxembourgeois de Dudelange, une ville au sud du Grand-Duché, à quelques kilomètres de la Lorraine dont elle partage le passé sidérurgique. La région a connu de glorieuses heures d’extraction de minerais dont témoignent encore les infrastructures aujourd’hui reconverties en tiers-lieux de culture et de tourisme.

Linq à la Kantin © Marc Lazzarini

A Esch-sur-Alzette où se trouve l’hôtel ainsi que les bureaux de Kulturlx - le bras armé culturel qui finance et organise ce programme de promotion du jazz grand-ducal – les immenses hauts-fourneaux surplombent avec fierté la nouvelle ville. Ils sont intégrés à un grand projet d’urbanisme moderne qui a transformé l’ancien lieu sidérurgique en quartier maintenant dédié à la culture, au tourisme et à l’habitat.

La ville de Dudelange abrite une infrastructure culturelle imposante, le CCRD opderschmelz, où se déroule le festival Like A Jazz Machine, cette année du 8 au 12 mai. La programmation globale est partagée entre groupes luxembourgeois et internationaux dont ceux des français·es Claude Tchamitchian, Airelle Besson et Céline Bonacina.

Le dispositif Jazz Focus se déroule les 10 et 11 mai uniquement. Il comprend la présentation sur scène (dans la salle principale de opderschmelz et à la Kantin, un tiers lieu qui fait micro-brasserie, bar, restaurant, scène de musiques actuelles et espace de rencontre) d’une sélection de musicien·ne·s du pays qui n’en compte pas tant que ça.

Aussi, sans surprise, on retrouve Claire Parsons, Maxime Bender, Pascal Schumacher, Greg Lamy, Marc Demuth, Michel Meis, Jérôme Klein et Pol Belardi. Très masculine, cette scène se renouvelle avec les représentants d’une jeune génération, le quintet de Daniel Migliosi, Jambal, Linq et, même si elle n’était pas programmée, la seule femme instrumentiste présente ces jours-ci, la guitariste Veda Bartringer.

La chanteuse Claire Parsons – plutôt pop, passe après le trio époustouflant de Claude Tchamitchian « Poetic Power » qui, avec Eric Echampard à la batterie et Christophe Monniot au saxophone a fait vibrer une salle bien remplie. Les suites rhapsodiques des compositions étirées ont été le théâtre de belles envolées à l’archet ou à l’anche et Claude Tchamitchian confirme une fois de plus la qualité imaginative de son écriture. Le contraste ne jouera pas en faveur du trio de la chanteuse.

Napoleon Gold & Maxime Bender © Marc Lazzarini

C’est donc le trompettiste Daniel Migliosi qui présente son projet On The Edge avec un quintet international. Une grande énergie, un bon son d’ensemble et des solistes solides font de ce groupe un digne représentant du jazz moderne, issu de la tradition et tourné vers l’avenir.

Le lendemain, le groupe d’invité·e·s de Jazz Focus participe à un speed meeting où sont conviés des musicien·ne·s et des professionnel·le·s luxembourgeois cherchant à élargir leurs réseaux. Puis, sur la petite scène du lieu Kantin, on assiste à la présentation de jeunes projets. Jambal est un quartet encore très vert mais prometteur. Avec le vibraphoniste Arthur Clees, la couleur générale est très ronde, les compositions et les arrangements manquent d’originalité, comme souvent avec les jeunes groupes. L’essentiel est de faire ses classes sur scène. La présence d’un rappeur invité n’apporte pas grand-chose au propos, certains cocktails sont explosifs, d’autres non. C’est aussi le cas du quintet Linq, dont le leader Mateus Wojda est à la guitare basse. En mélangeant les influences, la musique du groupe tend à se colorer d’une façon un peu personnelle, même si dans l’ensemble le groupe reste dans sa zone de confort. C’est finalement le duo Maxime Bender et Napoleon Gold (clavier) qui propose la musique la plus originale. Bender est au sax ténor et soprano, aux claviers et Gold est à la guitare, claviers et drum pad. Les effets électriques jouent un grand rôle dans ce duo atypique qui permet la mise en valeur d’Antoine Honorez (Napoleon Gold) par ailleurs rompu aux musiques électroniques.

Michel Meis Kolibri © Marc Lazzarini

Le soir, en guise de final, un groupe formé de Pascal Schumacher (vibraphone), Greg Lamy (guitare), Marc Demuth (contrebasse) et Jeff Herr (batterie) vient proposer quelques relectures de standards du jazz et de la pop, à la sauce aigre douce, déconstruction cool et arrangements très mélodiques. Les reprises de « Girls » ou « Smoke Gets In Your Eyes » sont amenées avec finesse et plaisir. Le dernier projet présenté est celui du batteur Michel Meis. Entouré d’une autre équipe de luxembourgeois reconnus, il propose une session improvisée et libre, pleine de pédales, de claviers et d’électronique. Kolibri, le nom du projet, évoque un grand nombre de battements à la minute, à juste titre.

Le jazz au Luxembourg est bien établi et les générations se renouvellent malgré la taille du pays. Mais si les écoles alentours, en France, en Belgique ou en Allemagne sont aussi en mesure de former la jeune scène du pays, il faut noter la quasi-absence de musiciennes dans la sélection de cette année (et des années précédentes). Claire Parsons ne peut pas rester exception qui confirme la règle. Féminiser la scène du Grand-Duché est un objectif qui semble s’imposer.