Scènes

Jazz à Lyon : Le Péristyle fête 10 ans de jazz estival

Jusqu’au 8 septembre 2012, le Péristyle fait feu de tous jazz en programmant une quarantaine de formations à raison de trois sets par soir.


Jusqu’au 8 septembre 2012, le Péristyle fait feu de tous jazz en programmant une quarantaine de formations à raison de trois sets par soir. En dix ans, cette scène centrale et inattendue s’est imposée comme l’une des grandes vitrines du riche jazz régional. Retour sur l’événement avec François Postaire, son concepteur

Voilà qui en dit long sur Lyon comme sur le rôle paradoxal de l’Opéra de Lyon sur la scène musicale.
Comme chaque été, le Péristyle de l’Opéra est à peu près le seul lieu où le jazz est à l’affiche à Lyon. Depuis le 14 juin et jusqu’à sa conclusion le 8 septembre, le Péristyle reprend en effet ses pérégrinations jazzy en invitant du lundi au samedi, et à raison de trois sets successifs, une partie de la scène jazz régionale.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : trois mois de concerts, quarante-et-une formations accueillies, 246 concerts organisés de juin à septembre pour 36 000 spectateurs attendus, et last but not least, un superbe dixième anniversaire pour ce lieu hors du commun.

Ce que les chiffres ne disent pourtant pas, c’est tout le reste : le charme du lieu, planté sous un velum aux motifs « antiquisants » délicieusement suranné, l’ambiance bon enfant et attentionnée de ce lieu mi-ombre mi-soleil planté en pleine ville, et surtout la palette musicale concoctée année après année par ceux qui président aux destinées du jazz au sein de l’opéra de Lyon.
Cette année, succès oblige, François Postaire, concepteur de cette reconnaissance des musiques jazz, improvisées et autres au sein de la Maison, a accéléré le rythme de la programmation : désormais trois formations sont programmées chaque semaine, de manière à ménager un peu de place au plus grand nombre.


JPEG - 148.7 ko
Le Péristyle - Photo © Jean-Claude Pennec

Pratiquement tous les jazz sont représentés, que ce soit dans le type de formation ou dans la couleur musicale. Du trio au big band, du manouche au jazz contemporain en passant par le classique, le bebop, le jazz moderne, fusion, afro-latin, world, west coast, vocal ou hard bop. Ainsi, la meilleure façon de fréquenter le Péristyle est d’y aller les yeux fermés, en essayant de trouver une table ou une place, chose compliquée au moins durant les deux premiers sets. Pour le reste, de l’Amazing Keystone au quintet Salamone/Metra en passant par Joachim Expert (les 25 et 26 juillet), Cécile McLorin en septet, Bastien Brison Trio et la Jam Session organisée le 7 septembre, le choix musical est décidément large.

Un lieu de musique primordial

Ce n’est évidemment pas le moindre des paradoxes (quoique…), de voir ainsi l’Opéra de Lyon, année après année, prendre en charge le jazz régional, durant l’été. Par petites touches, en mettant à disposition une scène peu banale : à trente mètres du bureau du maire, à dix de la plus proche station de métro. Voilà qui pourrait tourner au cauchemar ou au café du coin.
C’est tout le contraire : chaque été, le Péristyle devient un lieu primordial de musique où l’attention redouble au fur et à mesure que la soirée avance.
Bref, dans l’histoire de l’Opéra de Lyon, plus qu’un simple trait d’union au moment où l’établissement fait relâche. En l’ouvrant largement sur l’extérieur et en faisant une telle place à un autre patrimoine musical, en donnant au jazz une large place, il s’impose comme lieu de passerelles et de transmission artistique, ce qui n’est généralement pas le fort de ce type de maison.
François Postaire, directeur de l’Amphi et qui est à l’origine du Péristyle, revient sur cette décennie de jazz estival.


- Comment est née l’idée de consacrer l’ensemble du Péristyle de l’Opéra chaque été à un festival de jazz ?

  • F.P. : Nous étions en 2003. J’ai fait visiter la « maison » à Serge Dorny, qui avait été nommé directeur de l’Opéra de Lyon en janvier. Je lui ai montré l’Amphi, (où se tiennent notamment les concerts de jazz tout au long de l’année). En ressortant, nous sommes passés par là. En découvrant le Péristyle, il a été immédiatement séduit. « C’est un super lieu » a-t-il remarqué. Et on s’est demandé alors ce qu’on pouvait en faire.

- Comment s’est passé le lancement, en 2003 ?

  • Nous avons fait une première année en prévoyant, au départ, des concerts du jeudi au samedi. Mais dès la fin de l’été on a augmenté le nombre de journées musicales. Par la suite, j’ai présenté un budget à Serge Dorny. C’est ainsi que tout a démarré.

- Pour l’essentiel, la programmation du Péristyle privilégie le jazz régional. C’est une volonté délibérée ?

  • Oui, nous programmons du jazz régional à 90%–95%. De Lyon ou de Grenoble, comme des Savoie ou de l’Ardèche. C’était d’ailleurs mon objectif : faire en sorte que cette maison consacre un peu de son temps et de ses moyens à la base du jazz rhône-alpin.

- Longtemps, chaque formation était reçue trois jours de suite pour, chaque soir, trois sets successifs. Cette année, vous adoptez un rythme plus soutenu puisque les formations ne restent que deux jours d’affilée. Pourquoi ?

  • Parce que, lorsque j’ai commencé la programmation des ces 10 années du Péristyle, je me suis vite rendu compte qu’on ne pourrait pas tenir le rythme usuel.

- Comment s’organise la sélection des formations invitées ?

  • C’est moi qui assure cette sélection. A partir de quelques critères simples dont celui de satisfaire le public qui fréquente le Péristyle. Par ailleurs, et tout le monde peut le constater, existe en Rhône-Alpes une offre énorme en matière de jazz et de musique improvisée. Chaque jour je suis estomaqué par l’ampleur du phénomène, et par sa qualité.

- Quelle est l’idée qui sous-tend tout cela ?

  • Une volonté politique : laisser cette musique s’exprimer dans un cadre un peu différent du cadre habituel et, ce faisant, laisser de l’espace-temps à des formations en progression et en devenir.

JPEG - 140.7 ko
F. Postaire - Photo © Jean-Claude Pennec

- Quelles limites vous fixez-vous ?

  • Ici, comme on le voit, règne et doit régner la convivialité. Il s’agit bien entendu de privilégier la musique improvisée, mais en sachant qu’il faut une programmation adaptée au lieu. On ne peut pas faire une programmation sans tenir compte de ça. Tout lieu a une âme et il faut travailler avec ce qu’est le lieu. Le Péristyle, qui ouvre dès 9 heures pour fermer à 23 heures, est d’abord un lieu de convivialité. Voilà qui explique notamment ce qui se passera ici le 7 septembre : la jam-session ; le propre du jazz est que tous ceux qui le souhaitent puissent venir jouer. En première partie sera organisée une autre jam, la « Junior Jam », pour les enfants ou les plus jeunes.

- En chiffres, que « pèse » le Péristyle sur la scène régionale aujourd’hui ?

  • Durant ces dix années, à raison de 35 à 38 concerts par an, le Péristyle a accueilli entre 350 et 400 concerts. Cette année, celle du dixième anniversaire, nous en accueillons même 41 jusqu’au 8 septembre. Chaque formation jouant trois sets par soir et restant deux jours, le Péristyle aura accueilli cette année 246 sets.

- La clientèle a-t-elle évolué ? Evolue-t-elle au fil de l’été ?

  • En trois mois de temps, bien sûr, la clientèle évolue. Nous le constatons chaque jour. Ainsi, celle du mois d’août est la plus intéressante. Peut-être parce qu’il s’agit des « abandonnés » des vacances, des gens sans voiture, plutôt modestes.

- Et côté clientèle (et donc gros sous [1]) ça marche ?

  • C’est plein tous les soirs. Il s’agit, rappelons-le, du seul lieu ouvert à Lyon où l’on peut écouter de la musique non-stop, du lundi au samedi soir. A chaque set nous accueillons 160 personnes, sans compter les gens debout. Soit environ 400 personnes chaque soir et cela durant 90 jours. En fait, au total, nous accueillons en gros, durant ces trois mois 36 000 personnes.

par Jean-Claude Pennec // Publié le 30 juillet 2012

[1Le Péristyle est en accès libre et gratuit. Seules les consommations (prix modiques) sont payantes, avec une majoration à partir de 18h. Les concerts se déroulent chaque soir à 19h, 20h15 et 22h (service bar et restauration légère de 9h à 23 h). Suivre l’actu du Péristyle sur Facebook ou le site.