Scènes

Joe Cocker, Esperanza Spalding - Jazz à Vienne 1/7/10

La légende et l’Espérance déçue…


Joe Cocker joue ce soir à guichets fermés. Et face aux 8 000 spectateurs de Jazz à Vienne, « the » légende fait bonne figure.


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Joe Cocker © J.-L. Chauveau

Les aficionados l’avaient annoncé avec des trémolos dans la voix, sur scène il est soit très bon, soit très mauvais. On se doit pourtant de les contredire : ce fut un honnête concert. Ce qui n’est déjà pas si mal. Il est vrai qu’en attendant son arrivée sur la scène du Théâtre antique avec dans les yeux des images flamboyantes du plombier de Sheffield transfigurant à Woodstock (1969) « With A Little Help From My Friends » ou, bien plus tard, portant à incandescence « Unchain My Heart » de Ray Charles, on avait quelques appréhensions. Allait-on assister en direct à un triste come back ?

Il est évident qu’à 66 ans, ce Joe Cocker enveloppé n’a plus la vivacité d’antan. Son jeu de scène est pour le moins restreint à part quelques cabrioles de fin de concert pour bien signifier qu’il bouge encore. On ne peut être et avoir été : soumise à une vie entière de concerts et d’excès en tous genres, sa voix a naturellement perdu en puissance et les intonations à la fois veloutées et rocailleuses qui ont fait son succès ont souffert ; il est obligé de s’humecter en permanence le gosier via de grandes rasades d’eau pour que les paroles s’envolent avec vigueur. Le tout bien étayé par deux choristes et la voix des musiciens, plus orchestre qui, entre rythm’n’blues et funk, assure, incontestablement.

Pour finir, les fils de la légende se renouent. Il lui suffit d’égrener les succès pour que le public ne voie plus en lui un homme vieillissant mais l’inaltérable Joe Cocker : « Feelin’ Alright », « The Letter », « Summer in the City », « Come Together », « You Can Leave Your Hat On » et, évidemment « Cry Me A River », sans doute son interprétation la plus réussie. Ravi, les spectateurs n’en demandent pas plus : le besoin de communion emporte tout sur son passage.


Espérance déçue

En première partie, on nous annonçait la nième merveille du monde - qui, l’année dernière, a fait forte impression au « Club de minuit », la scène-cabaret d’après Théâtre antique : Esperanza Spalding, chanteuse et contrebassiste originaire de l’Oregon. La tâche d’assurer la première partie d’une légende du rock était-elle trop lourde ? Quoi qu’il en soit les espérances sont déçues, tant du côté de la voix que de l’instrument, et, de ce fait, accueil distant de la part du public. Il est vrai que ce dernier n’était venu que pour Joe… On attendra donc de revoir cette très jeune femme (24 ans) dans un autre cadre pour porter un jugement définitif…


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Esperanza Spalding © J.-L. Chauveau


• Line-up 1 : Joe Cocker (voc), Norberto Fimpel (s), Nick Milo (p, kbs), Mike Finnigan (kbs), Gene Black (g), Oneida James-Rebeccu (b, voc), Jack Bruno (dms), Nikki Tillman (voc), Vivian Sessoms (voc).

• Line-up 2 : Esperanza Spalding (b, voc), Leo Genovese (p), Ricardo Vogt (g), Dana Hawkins (dms).