Scènes

Jazz à Vienne 26/6/10 : Paco de Lucia

Paco de Lucia offre, pour le deuxième soir du festival, un métissage réussi : celui du flamenco avec les notes bleues, chants et danse mêlés.


Après le métissage de la musique de Joachim Kühn avec celle des gnawas marocains, Paco de Lucia offre aux spectateurs de Jazz à Vienne, pour le deuxième soir du festival, un autre métissage réussi : celui du flamenco avec les notes bleues, chants et danse mêlés. Magique.

Il y a bien longtemps que Paco de Lucia explore les frontières situées aux confins du jazz et du flamenco. Au cours des trois décennies de Jazz à Vienne, ce chercheur infatigable, auteur de près de vingt-cinq albums, est venu à plusieurs reprises, tel un roi mage, apporter la myrrhe et l’encens musicaux de ses explorations lointaines. Mais la soirée du 26 juin 2010 restera sans doute l’une de ses plus riches apparitions. A 63 ans, l’âge de la pleine maturité, l’ombrageux hidalgo - on ne l’a vu sourire qu’une fois - offre à un amphithéâtre archi-plein (plus de 7 000 festivaliers) le fruit de toute une vie de déambulations musicales. Au paroxysme d’un concert de près de deux heures trente, avec dix musiciens, chanteurs ou danseurs, il a par touches successives, par cercles concentriques, fait peu à peu monter le désir pour célébrer progressivement les noces du jazz et du flamenco, des notes bleues et le noir profond.


JPEG - 43 ko
Paco de Lucia Photo J.-L. Chauveau

A travers ses « bulerias » fougueuses, ses « tientos » aériens ou ses « rumbas » ensorcelantes, il entraîne un public ébaubi du silence le plus parlant, à l’envol sauvage. On voit apparaître des instruments inusités chez les puristes du flamenco : la basse d’abord (merveilleux Alain Perez), la batterie, l’harmonica, le synthétiseur… puis la flûte se surajoute aux deux guitares et aux deux chanteurs avec qui nous gravissons les sommets secs et vigoureux de l’Andalousie : David de Jacoba et Duquende - leurs voix à l’incroyable puissance évocatrice viennent du plus profond de l’âme espagnole.

Point d’orgue de cette soirée exclusivement masculine, animale, sauvage : la danse flamenca qui traduit en gestes empreints de violence fière et contenue cette musique profondément originale qui ne trahit jamais l’essence la plus profonde du flamenco.
Jazz ? flamenco contemporain ? nul ne le sait. Un seul vainqueur à l’issue de ce concert : la musique, issue de ce magnifique métissage. Le public, qui réserve une standing ovation à Paco de Lucia, ne s’y trompe pas. Il a compris qu’il était devenu un artiste universel.

Line-up : Paco de Lucia (g, voc), Antonio Serrano (kbs, harm), Niño Josele (g), Alain Perez (b), Piranha (perc), Duquende (voc), David de Jacoba (voc), Farruco (danse).