Scènes

Jazz à Vienne 5/7/10 : Michel Portal 4tet, Sylvain Luc, Manu Katché

Michel Portal s’impose une cure de jouvence.


Pour son grand retour à Vienne, le musicien avait délaissé les duos qu’il affectionne pour introniser un quintet vigoureux et sans frontières ; le temps d’un concert mémorable, notre grand polyinstrumentiste n’a pas eu le temps de reprendre son souffle.

Michel Portal en quartet, Manu Katché en quintet. Séparément et ensemble. Au gré de leurs humeurs et de leurs musiques du moment, pour une soirée « Spedidam », cet organisme qui compte dans ses rangs à peu près 30 000 artistes-interprètes.


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Michel Portal © J.-L. Chauveau

Michel Portal, qui s’adonne souvent à des œuvres réfléchies, alternant clarinette basse et bandonéon, sait aussi briser ces moules et passer à autre chose. Cette fois, il emmène avec lui Bojan Z aux claviers, Ambrose Akinmusire à la trompette, Scott Colley à la basse et Nasheet Waits aux drums. Un entourage parfaitement adapté à ce concert qui tire et pousse dans tous les sens t où chacun semble prêt à remettre en cause la suprématie du leader - et parfois fait tout pour A ce jeu-là, il n’est pas sûr que ses accompagnteurs aient gagné mais on retiendra tout de même les piques carabinées d’Akinmusire. Une trompette déliée, des interventions toujours vives, surprenantes, toujours à bon escient, complétant les lacis du clarinette-saxophone(s), à moins que ce ne soit le contraire. Le quintet touche en effet à ce point d’équilibre où tout joue et renvoie à l’autre sans trahir l’harmonie qui se construit. A cela s’ajoute le choix des thèmes et de leurs couleurs musicales changeantes. On goûte ainsi à un périple dans des jazz qui ont plus l’habitude de se côtoyer que de se fondre. Et, pour le coup, Portal et ses acolytes démontrent brillamment qu’une telle réunion en forme de carte blanche peut être source de renouvellement et de fraîcheur.

Avant cette mise en route, c’est non sans courage que Sylvain Luc était venu avec tabourtet et guitare plaider sa cause seul. Le plus mauvais moment pour capter l’attention du public. Entre les sandwichs, les étourneaux qui rase-mottent et le soleil qui n’en finit pas de disparaître à l’horizon, il y a de quoi vous faire oublier de regarder la scène et ses éclairages peu ou prou inutiles. En dépit de ce contexte - qui a joué des tours à plus d’un musicien par le passé -, le guitariste a fait sa petite démonstration implacable : même en solo, il sait, grâce à un jeu contrasté où chaque note est audible - ce qui demande une écoute attentive -, capter l’attention des spectateurs, voire les tenir en haleine.


Pour terminer cette soirée à visages multiples, c’est Manu Katché qui s’attelle à la tâche. Déjà présent l’an dernier pour lancer le festival lors la matinée jeune public il est cette fois-ci en quartet, escorté d’Alfo Origlio (p), Laurent Vernerey à la basse et Tore Brunborg au sax. Ca tourne bien, Katché sait éviter de se mettre trop en avant et, au contraire, inciter ses comparses à prendre leurs aises. Malgré plusieurs thèmes où l’on décèle quelques facilités, la machine tourne bien.


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Soirée Spedidam © J.-L. Chauveau

Mais la soirée nous réservait un ultime épisode : la réunion des deux musiciens, sans leurs groupes respectifs mais avec Sylvain Luc et - tiens, tiens - Miroslav Vitous en personne. Une formation inattendue, bigarrée mais plaisante. La Spedidam peut dire :« Mission accomplie ».