Scènes

Jazz à Vienne 7/710 : Angélique Kidjo

Soirée africaine au bonheur des dames : Angélique Kidjo célèbre Miriam Makeba, et The Mahotella Queens ressuscitent l’art vocal sur scène.


Consacrée à un hommage à Miriam Makeba, disparue il y a deux ans, la soirée africaine de Jazz à Vienne se révèle tout sauf triste. Elle illustre la belle vitalité des artistes de ce continent, qu’ils soient issus du Sénégal, de Guinée, du Nigeria, du Mali ou d’Afrique du Sud, sans oublier les trois membres de l’ancien chœur de la chanteuse, porteurs de mémoire, tous invités par Angelique Kidjo pour célébrer à voix multiples celle qu’elle surnomme « Mama Africa ».

Quelques boubous parmi les 6 000 spectateurs du Théâtre antique, et une chaleur presque saharienne. La toile de fond de cette soirée africaine est dans le ton…

Accompagnée de Zamo, Stella et Faith, les trois membres de l’ancien chœur de Miriam Makeba, la Béninoise Angelique Kidjo - redoutable énergie ! - prompte à reprendre à son compte les harangues dont Miriam Makeba nous avait gratifiés lors de sa dernière prestation à Vienne, convie cinq artistes africainsà célébrer la chanteuse sud-africaine, disparue il y a deux ans. Elle est accompagnée d’un orchestre métissé, porteur d’énergie funky et mêlant percussions et batterie. Cinq artistes venus de cinq pays différents du continent noir, d’où ressortent surtout les femmes, l’ardente guinéenne Sayon Bamba, la nigérianne Asa, une boule d’énergie, mais aussi la Malienne Rokia Traoré, déesse noire, féline et élancée à la voix porteuse de rythme et d’émotion. « Ces femmes-là sont plus fortes que les lions » rappelle à juste titre le griot présent sur scène, image du sage africain chargé de ponctuer la soirée, à intervalles réguliers, de solides sentences sur l’aigrelet accompagnement du luth et le crépitement du djembé.


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Angélique Kidjo © J.-L. Chauveau

Deux chanteurs, le Sud-Africain Vusi Mahlasela, « géant à la voix d’ange » comme le surnomme Angélique Kidjo, et le Sénégalais Baaba Maal dont un des succès est justement « African Woman », représentent la gent masculine, minoritaire ce soir-là, mais pas moins solidaire.

Si le box-office français distingue ces derniers temps des chanteurs aux voix anémiées, il est heureux de constater qu’en Afrique ce sont les chanteuses et chanteurs à voix, aux timbres puissants et colorés, qui tiennent le haut du pavé - la démonstration en est faite. La soirée est bien sûr consacrée aux plus grands tubes de celle qui fut la première artiste noire africaine à demander le boycott de l’apartheid du haut du la tribune de l’ONU, le combattit de nombreuses années avant de voir ses idées triompher. Bien évidemment, le final aux voix multiples ne pouvait qu’être l’inusable « Pata pata » ; le plus grand succès de Miriam Makeba date des années 60, mais il est ici revisité à huit voix de manière très contemporaine.

On a souvent, à travers les médias, une image misérabiliste de Afrique accablée. Angélique Kidjo et les artistes présentssur scène donnent à l’inverse l’image d’un continent d’une grande vitalité, conscient de que sa force provient de sa diversité. « Mama Africa » planait bien ce soir là au-dessus du Théâtre antique.

Line-up : Angelique Kidjo, Rokia Troaré, Asa, Baaba Maal, Vusi Mahlasela, Sayon Bamba, Faith Kekana, Stella Khumalo, Zamo Mbutho (voc), Thierry Vaton (p, direction), Lucien Zerrad (g), Rody Cereyon (b), Moriba Koita (ngoni), Losseni Kone (djembe), Gregory Louis (dms), Charly Obin Yapi (perc).


Trois petits bouts de femmes… Maillot de foot jaune en haut, mini-jupe en bas, collants noirs et baskets bi-tons. Au-dessus, des chapeaux façon Chine mandarine qu’elles ne quitteront pas une seconde. Et des allures de sœurs siamoises, qu’elles dansent, chantent ou tapent des mains : les Mahotella Queens sont célèbres, nous dit-on, en Afrique du Sud, pour avoir pioché dans des styles différents pour constituer le leur, appelé mbaqanga. Un style unique pour un trio unique, rescapé d’une histoire mouvementée qui n’a fait que renforcer sa volonté de continuer à chanter sans relâche.

Moyennant quoi, cinquante ans après leur première apparition, non seulement les trois divas sont toujours là mais elles font preuve d’un enthousiasme et d’une endurance constant. Leurs voix affirmées expriment en réalité plus qu’un style : une culture entière, avec ses plaies et ses bosses. Alternant tragique et gaieté, exubérance et recueillement, elles se taillent, en deux tours sur elles-mêmes, un beau succès qui leur vaut un joli rappel. À l’évidence, elles sont aussi ravies que le public de cette incursion à Vienne…