Scènes

Jazz à Vienne : ces autres concerts qui font la saveur du festival

Club de Minuit, Jazz Mix, Scène de Cybèle, autant de lieux où le festival se dédouble, multipliant saveurs et rencontres. Au centre, agissant comme laboratoire des musiques modernes, le tremplin Rezzo.


Club de Minuit, Jazz Mix, Scène de Cybèle, autant de lieux où le festival se dédouble, multipliant saveurs et rencontres. Au centre, agissant comme laboratoire des musiques modernes, le tremplin Rezzo, qu’il faut absolument suivre.

Si l’on doit suivre quelques concerts de près durant la quinzaine de Jazz à Vienne, ne pas hésiter à mettre en tête ceux du Rezzo, ce tremplin jazz national qui fête cette année sa neuvième édition.

Honneur au premier d’entre eux, Imperial Quartet, vainqueur du tremplin 2012 : comme le veut la règle ou la tradition, il lui reviendra l’insigne honneur d’ouvrir la toute dernière soirée, le 13 juillet qui se termine au petit matin entre café, croissants et éditions matinales des quotidiens sortis de l’imprimerie depuis quelques minutes. L’Imperial n’est pas un inconnu : issu d’une mouvance lyonnaise nourrie d’Arfi, de l’Agapes d’Yves Bleton, du Rhino Jazz Festival et de quelques autres réseaux (tel iMuzzic), le quartet est de ceux qui aiment mettre le feu aux poudres, caresser à rebrousse-poil et appeler un chat un chat. Toutes énergies dehors, il réussira peut-être là où d’autres, même date, même scène, ont échoué : lancer un 13 juillet en plein soleil devant 8 000 personnes distraites par les évolutions paresseuses d’avions en papier qui fondent vers la scène, ce n’est pas l’idéal. Mais la musique de cette formation, énergique, travaillée et spontanée a ce qu’il faut pour convaincre.


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Imperial Quartet/Imperial Pulsar, photo Christophe Charpenel

Le Rezzo : une sélection impitoyable

Mais une seconde raison pousse à suivre plus particulièrement le Rezzo : la sélection impitoyable dont il est le fruit. Imaginez : à Cybèle, douze formations sont appelées à en découdre pour ravir le titre de Rezzo de l’année. Chacune d’elle dispose d’environ 45 minutes pour convaincre le jury. A raison de deux concerts par jour, les vendredi, samedi et dimanche, deux week-ends de suite, le festivalier se voit proposer ce qui se fait sans doute de mieux en matière de jazz aujourd’hui dans l’Hexagone.

En effet, les douze formations présentes à Vienne sont l’aboutissement d’une sélection entamée bien à l’avance : chaque région de France est appelée à choisir, parmi tous les musiciens et orchestres prospérant sur son sol, ceux qui la représenteront. A Benjamin Tanguy, responsable du Tremplin et l’un des programmateurs du festival, de retenir ensuite, avec un jury constitué de professionnels, les douze formations finales. « Mais », explique-t-il, « la force de ce tremplin est de se baser sur une sélection réalisée par nos partenaires en région. » Sachant que quelque 250 formations peuvent théoriquement prétendre au titre, on apprécie mieux la difficulté, et le talent des vainqueurs. Et on comprend l’intérêt de suivre de près le concours et les douze prestations qui vont se succéder sur la scène de Cybèle.

Depuis 2005, un palmarès éloquent

Le palmarès des précédents concours est éloquent : depuis 2005 on relève Max Pinto Quartet, Jeremy Ternoy trio, Paradox, Oxyd, Céline Bonacina Trio, Sidony Box, le Trio Enchant(i)er et, donc, l’an dernière, Imperial Quartet. Le jury qui doit tomber d’accord sur un seul nom est placé sous la houlette de Mario Stantchev et comporte des profils très différents, de Claude Carrière à Patrick Schuster, directeur artistique de Naïve Jazz, en passant par divers représentants des médias, des fabricants d’enceintes ou des musiciens. L’enjeu du Rezzo est suffisamment important pour que le processus de désignation ne souffre d’aucune critique : le vainqueur se voit en effet offrir, outre le prix lui-même, une gamme d’aides à même de booster une carrière : un accompagnement artistique durant un an, l’enregistrement d’un album au Studio du Flon à Lausanne, une signature sur le label Naïve, un concert de sortie d’album dans un club parisien et une programmation à l’année dans plusieurs salles et festivals (35 dates au bas mot). Bref, le Pérou.

Pourquoi insister à ce point sur le Rezzo ? Parce qu’il offre - comme Cybèle et le Club de Minuit - une toute autre vision de Jazz à Vienne : celle d’un jazz qui prospère partout dans la ville durant cette quinzaine, un jazz libertaire, émancipé, spontané, venu là parce qu’il y avait de la lumière. Un peu comme si le jazz redescendait à la cave.

C’est un des charmes de ce festival estival, le premier par les dates, la fréquentation et sa position sur la Nationale 7, que de proposer un itinéraire balisé, payant et sans surprises mais aussi, juste à côté, aux mêmes heures, un parcours semé d’inattendu, de découvertes et de rencontres totalement gratuites.