Chronique

Jean-Baptiste Rousseaux

Kaveriot Korridor

Jean-Baptiste Rousseaux (tp), Konrad Waldert (b), Gianbattista Di Genio (d) + Alex Goodman (g)

Label / Distribution : GleAM Records

Belle découverte que ce premier album de Jean-Baptiste Rousseaux. Ce jeune Français a bénéficié d’une double formation classique et jazz qui lui a permis de découvrir les subtilités de l’écriture orchestrale et d’assimiler les différentes facettes de l’improvisation. Après ses rencontres avec Ibrahim Maalouf et Raphaël Imbert, il s’est installé en Autriche pour parfaire son apprentissage auprès du trompettiste Jim Rotondi. Membre du quintette Handmade de l’accordéoniste serbe Marko Živadinović , il participe à un quartet composé du guitariste Barnabás Négyessy où l’on retrouve deux musiciens qui interviennent dans ce disque, le contrebassiste Konrad Waldert et le batteur Gianbattista Di Genio.

S’il est une difficulté pour un musicien qui pratique un instrument monodique comme la trompette, c’est de jouer dans une formation sans instruments polyphoniques, caractéristique de ce trio qui doit beaucoup à l’inventivité de la section rythmique. Konrad Waldert s’illustre par sa capacité à soutenir ses partenaires tout en préservant son individualité, il rehausse habilement l’approche mélodique dans « Airegin » lorsque le trompettiste emploie la sourdine. Il contribue également à créer des atmosphères intimistes semblables à celles qu’il prodigue dans le quatuor Gavro aux côtés de Tilen Gavranovič, Tanja Filipović et Andreas Reisenhofer. Ingénieux, les rebondissements rythmiques de Gianbattista Di Genio aux balais dans la valse détournée « Là où les toits sont bleus » forment une architecture élégante propice aux envolées de Jean-Baptiste Rousseaux.

Le mélange des cordes et du souffle atteint son apogée dans la pièce « Duo Grave alla Rava ». Telle une caresse, cet hommage au trompettiste italien envoûte par son lyrisme. Entendu avec Ambrose Akinmusire et Dave Douglas, le guitariste canadien Alex Goodman est invité sur deux morceaux. Il énonce des phrases d’une fluidité que n’aurait pas reniée Wes Montgomery et la clarté de son toucher tend à rehausser l’alliage sonore du trio. Kaveriot Korridor s’impose comme une révélation dans le panorama du jazz contemporain, il faut désormais compter avec la voix unique de Jean-Baptiste Rousseaux.

par Mario Borroni // Publié le 31 mai 2026
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