Entretien

Jef Neve

A l’heure de la sortie de son premier CD en leader, le jeune pianiste se présente.

A mon arrivée au club bruxellois L’Art Ô Bases, Jef et son bassiste Piet Verbist sont en train de répéter une dernière fois Pink Coffee, un morceau bebop rapide et plein de vie, qu’ils rejoueront lors du concert de présentation du premier CD en leader de Jef Neve, « Blue Saga ».

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© Jos L. Knaepen

-Quels ont été tes débuts musicaux ?

J’ai débuté mon apprentissage du piano par des études classiques à Louvain. A 14 ans je jouais dans des groupes de funk locaux. C’est le guitariste d’un de ces groupes qui m’a fait découvrir le jazz, par le biais du Miles années 80. Ce qui m’a vraiment fait devenir fan de jazz, c’est l’écoute à 16 ans d’un disque du saxophoniste Frank Vaganée. A 18 ans je suis rentré au Lemmens Institut de Louvain, dans un cursus classique/jazz. J’avais d’un côté Ron Van Rossum comme prof de jazz et de l’autre Jan Vermeulen pour le classique. Ensuite j’ai fait une spécialisation en musique de chambre. Depuis 2000 j’enseigne, aussi.

C’est à Louvain que s’est monté Blue Juice, mon sextet de soul jazz, ainsi que mon trio, déjà avec Lieven Venken à la batterie. Ça fait maintenant 5 ans qu’on joue ensemble. J’avais aussi un trio de standards avec Dré Pallemaerts à la batterie et Lindsey Horner à la basse, un américain qui habite parfois en Belgique, en Allemagne ou aux Pays-Bas : il déménage tout le temps !

  • Au vu de ta formation classique, quelle place occupe la musique classique pour toi aujourd’hui ?

Les gens me disent qu’ils entendent l’influence du classique dans mes compositions et improvisations. Je n’ai pas vraiment de préférence entre le classique et le jazz. Par contre, je préfère la mentalité jazz à la mentalité classique. Je ne vois pas vraiment de raison de continuer à jouer de la musique classique : tant de compositions ont été si bien et si souvent jouées… il n’y a rien que je puisse ajouter. En plus, pour les pianistes, il y a beaucoup plus de travail dans le jazz.

Finalement, je préfère être compositeur de musique classique qu’interprète. D’ailleurs, je compose pour mon trio classique avec violoncelle et violon. Cela dit, pendant mes études j’ai eu l’occasion d’interpréter les Variations Paganinni de Rachmaninoff avec l’Orchestre Symphonique de Flandres, et ça a été une expérience très forte.

  • Venons-en à ton actualité : le CD Blue Saga

Le Jef Neve Trio a démarré en 2001 avec Lieven et Piet Verbist à la basse. On a pu donner pas mal de concerts, grâce notamment à une tournée de la JazzLab Series. Les organisateurs nous demandaient souvent si on avait un album, alors on a décidé d’en faire un. On est entrés en studio juste après la tournée, avec le même matériel, donc ça c’est passé sans idées préconçues, de manière très libre. On l’a enregistré récemment : trois jours en décembre 2002 et une journée en plus en mars 2003 pour le morceau avec les trombones, alors c’est quasiment du direct !

  • L’album présente quelques particularités…

Sur When spring begins, j’utilise deux trombonistes classiques pour apporter des couleurs harmoniques différentes, une sorte de tapis. Le titre du morceau Brandford’s Dream (sic) vient du fait que Branford Marsalis a fait une apparition dans un de mes rêves. En me réveillant, j’ai écrit ce morceau, mais il n’a aucun lien avec la musique de Branford.

On joue Segment de Charlie Parker parce que Piet me force un peu à jouer des standards moins connus. D’ailleurs, l’album sort sur Contour, le label de Piet. On peut l’écouter et le commander sur mon site.


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© Jos L. Knaepen

-Quelles sont tes principales influences ?

Les gens qui ont le plus compté pour moi et influencé ma carrière sont ceux avec qui j’ai eu des contacts directs : mes professeurs, Dré Pallemaerts (voir la chronique de Vive les Etrangers et Bert Joris (voir les chroniques de Live et The Music of Bert Joris). Sinon, je suis un grand fan de Brad Mehldau et Keith Jarrett. Je pense que je me sens proche d’eux parce qu’ils ont un bagage classique comme moi. En ce moment, j’écoute beaucoup Jacky Terrasson.

  • Et dans la musique classique, quelles sont tes préférences ?

J’aime beaucoup les compositeurs du 20è siècle tels que Chostakovitch, Stravinsky, Britten et Scriabine.

  • Te sens-tu proche du jazz américain ?

Je pense qu’ici on ne joue pas tellement comme les Américains parce qu’on voit surtout d’autre Belges ou Européens en concert. Voir quelqu’un en chair et en os influence beaucoup plus que l’écoute de ses disques, le rapport est plus fort. Par exemple, en rentrant d’un concert d’Alexi Tuomarila je me suis mis au piano pour étudier certains de ses trucs, surtout rythmiques, qui m’ont impressionné et que je n’arrive pas à reproduire.

  • Quelles sont tes autres activités ?

Je joue aussi des standards avec des chanteuses : Yvonne Walter et Hilde Van Hove. Avec une chanteuse, il faut adopter une façon différente d’accompagner, en donnant plus de poids au rôle harmonique du piano. Ce qui m’attire principalement dans ce domaine, ce sont les paroles, le sens des mots. Connaître les paroles d’une chanson est essentiel, surtout pour les ballades.