Scènes

Jon Boutellier et l’Amazing Keystone Band : Comment fait-on vivre un big band aujourd’hui ?

Le saxophoniste, est à l’origine, avec quelques amis, de ce big band qui s’ancre dans la durée et, entre respect de la tradition et relectures contemporaines d’œuvres jazz, ne cesse de prendre de l’étoffe.


Jon Boutellier, saxophoniste, est à l’origine, avec quelques amis, de ce big band qui s’ancre dans la durée. Entre respect de la tradition et relectures contemporaines d’œuvres jazz, l’Amazing Keystone Band, né à Lyon, ne cesse de prendre de l’étoffe. Reste tout de même les problèmes du quotidien : en clair, comment fait-on vivre aujourd’hui une telle formation ?

- L’orchestre compte dix-sept titulaires. Comment se constitue un orchestre de cette taille, comment recrute-t-on les musiciens ? L’habitude de jouer ensemble ? Le bouche à oreille ? La complémentarité ?

En fait, à Lyon, il commence à y avoir une petite « tradition » de grands orchestres. Comme dans les disques West-Coast, on se rend compte que ce sont souvent les mêmes qui occupent les mêmes postes dans des orchestres comme Bigre ! ou l’Œuf. Et l’habitude de jouer ensemble dans des formations toujours différentes dans l’écriture ou l’esthétique, ça crée un cercle vertueux pour le son d’un groupe.

- Qui sont les membres de l’Amazing Keystone Band ?

Tous sont professionnels, ils viennent de Lyon pour la plupart, mais d’autres de Paris, Bruxelles et d’ailleurs. L’ossature se compose de : Vincent Labarre, Thierry Seneau, Félicien Bouchot et David Enhco aux trompettes/bugles ; Bastien Ballaz, Aloïs Benoît, Loïc Bachevillier, Sylvain Thomas aux trombones ; Kenny Jeanney, Pierre Desassis, Jon Boutellier, Éric Prost, Ghyslain Regard aux saxophone/clarinettes ; Thibaut François (guitare), Fred Nardin (piano), Patrick Maradan (contrebasse) et Romain Sarron (batterie).

- Ce sont toujours les mêmes ?

On essaie, même s’il y a quelquefois des remplaçants, qui font d’ailleurs un travail de dingue : ils doivent déchiffrer à chaque fois un nouveau répertoire.


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- Variez-vous beaucoup celui-ci d’un concert à l’autre ?

On a compté : on a cent morceaux. La plupart sont des arrangements/compositions de Bastien, Fred ou moi ; pour le reste, ce sont des relevés/transcriptions de choses qu’on aime bien (notamment Ellington et Thad Jones), plus quelques amis compositeurs qui nous ont écrit des pièces (François Théberge, Mathieu Penot, Jean-Philippe Scali). En octobre, on a même invité un très grand musicien et arrangeur, malheureusement trop peu connu en France, Bill Mobley. Du coup c’est assez facile de varier le répertoire d’un concert à l’autre, d’autant qu’à chaque concert, il y a toujours deux ou trois nouveautés.

- Côté contraintes, vous vous astreignez à répéter une fois par mois ou plus souvent ? Et Lyon est-il toujours le point de ralliement ?

On essaie de jouer une fois par mois à Lyon dans les clubs de jazz, pour entretenir la flamme et essayer des morceaux, les remanier. L’idée de départ est que le lundi, il est rare qu’un musicien ait un engagement. Du coup, ça permet d’être sûr d’avoir tout le monde ! La plupart des big bands de New York font comme ça. C’est Thad Jones qui a créé cette tradition du « Monday Night Orchestra ». Donc, forcément, on répète le dimanche !

- Quels sont les obstacles que rencontre un big band aujourd’hui ? Trouver des salles ? Jouer en public régulièrement ? Renouveler le répertoire ?

L’avantage de notre orchestre, c’est que chacun a plus ou moins un rôle. David Enhco, par exemple, est notre manager : en plus de faire de magnifiques solos de bugle, il s’occupe de l’ensemble de la partie « logistique ». Et ça n’est pas toujours facile, d’autant que nos musiciens viennent souvent d’assez loin. Par contre, au niveau du répertoire, pas de difficultés, on a presque trop de morceaux !

- Quelles sont les influences les plus marquées de ce big band dont la moyenne d’âge est très jeune ? Ellington, toujours ? D’autres ?

Ellington, bien sûr. C’est le plus grand des grands : pendant 50 ans, il a proposé une musique mystérieuse, ultra personnelle mais qui a plu à un très large public, qui a traversé les époques, et il est resté fidèle à ses musiciens comme à lui-même. Ensuite, Fred, Bastien ou moi avons des influences différentes : Bastien écoute Bob Brookmeyer, Maria Schneider ; Fred, Jim McNeely et Bill Holman ; moi-même j’ai une vénération pour Thad Jones, Quincy Jones, Marty Paich et Shorty Rogers. Mais il n’empêche qu’il faut essayer de se libérer de ses influences, de s’en servir pour découvrir qui on est. On a une très grande admiration pour Wynton Marsalis avec le Lincoln Center Jazz Orchestra : ils peuvent jouer une pièce ultra contemporaine et, dans la foulée une transcription de Fletcher Henderson sans aucun hiatus. Et le mieux, c’est qu’on ne sait pas lequel des deux morceaux est le plus moderne.

- Le concert d’A Vaulx Jazz sera bien consacré à Pierre et le Loup ?

Il y aura en effet une partie Pierre et le Loup, avec Bastien Bouillon en récitant, plus une partie avec la géniale Cécile McLorin-Salvant, avec qui on a joué à Vienne et au festival de Monastier, et pour qui on a écrit des arrangements. La partie Pierre et le Loup, c’est une version « jazz » du conte, dans laquelle on a gardé tous les thèmes originaux de Prokofiev, mais en la ré-adaptant pour big band. Du coup, l’oiseau reste la flûte, le chat devient le sax ténor, le Grand-Père le sax baryton, le canard le sax soprano, les trombones le loup, la batterie les coups de fusil du chasseur ; quant à Pierre, ce sont les « cordes », c’est à dire le piano, la basse et la guitare.