Josilemi

Hear This

Joe Fonda (b, fl), Silke Eberhard (ts), Emil Gross (d)

Label / Distribution : Fundacja Słuchaj

Dans sa riche carrière, la saxophoniste Silke Eberhard a toujours eu faim de rencontre. Tournée vers les Etats-Unis, la spécialiste allemande de Dolphy a pourtant eu beaucoup de duo avec des pianistes européens, d’Ulrich Gumpert à Uwe Oberg en passant par Céline Voccia. La rencontre new-yorkaise avec Joe Fonda, dans un contexte de trio sans piano s’inscrit dans cette soif d’échange et de recherche ; l’ancien compagnon de Braxton ou de von Schlippenbach est un musicien purement transatlantique qui est de nature à se mesurer à la grande rigueur de la saxophoniste, avec qui il partage une longue collaboration avec Oberg. On le constate dès « In The Withcage », l’une de ses compositions où il s’offre un solo d’une fluidité sans pareil que Silke Eberhard enflamme avec cette précision qui a toujours nourri sa personnalité.

La musique s’offre des temps longs, mousse gentiment, garde toujours un œil rivé sur le blues avec le jeune batteur autrichien Emil Gross, venu du rock et du blues. Et comme Joe Fonda restera toujours Joe Fonda, le contrebassiste se retrouve aussi à la flûte, comme pour discuter encore plus profondément avec la saxophoniste dans une ouverture très concrète des perspectives. Dans ce contexte, l’inventivité et le jeu très ouvert de Gross, qui joue depuis quelques années avec Fonda est décisif. Son entente avec Eberhard, notamment sur le très beau « Lake », composition de l’allemande, est fluide et très joueuse, chacun passant le stade de la simple découverte pour trouver un terrain commun, gentiment turbulent.

Le trio devenu Josilemi, enclise des prénoms des protagonistes est appelé à durer. Hear This, enregistré en Autriche pour le label Fundacja Słuchaj est limpide. L’invitation à l’écoute, formulée de manière brute permet de découvrir les improvisateurs dans ce qu’il savent faire de mieux, en allant à l’essentiel. Si « Ping Pong » définit en lui-même la philosophie du trio, réactif et ludique, c’est le long « Rollin/Fox Food » emprunté à Oliver Lake et augmenté par Eberhard qui contient en lui tout le désir du trio de jouer simple et dense, la batterie s’instillant entre l’archet de Fonda et le jeu très direct d’Eberhard. Une musique chaleureuse et lumineuse qui donne envie d’en entendre davantage.